« Les vieux de la CCAT ont allumé la mèche »

Le barrage installé à Boulouparis, à l’intersection avec la route menant à Thio, a été déblayé par les gendarmes, menant à l’interpellation de dix-sept personnes. Trois d’entre elles ont été condamnées par la justice.

« La consigne » demeure : « on maintient les barrages ». Et qu’importe les opérations de déblaiement des gendarmes, « on les laisse faire et on remet après, sans violence ». Au tribunal correctionnel de Nouméa, deux habitants de Boulouparis et un troisième de Thio ont comparu après avoir été interpellés mercredi dernier sur le barrage de Boulouparis, au carrefour entre la RT1 et la RP4 (menant à Thio). Un haut-lieu de la contestation indépendantiste organisée par la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT) pour s’opposer au dégel du corps électoral aux élections provinciales.

La justice reproche à ces trois-là, outre la participation à un attroupement armé, d’avoir caillassé les forces de l’ordre au moment où elles commençaient à retirer les carcasses de voitures et les débris en tous genres pour « sécuriser un convoi logistique en direction de La Foa ». « Une centaine de projectiles », d’après le président du tribunal, Hervé de Gaillande, ont été projetés sur les gendarmes, qui ont répliqué par des tirs de grenades lacrymogènes. Ils évoquent un « harcèlement » d’une quarantaine d’« individus hostiles ». A proximité du barrage, un « arsenal » a été retrouvé : quatre fusils, des tiges de fer, des cocktails molotov et des pierres.

« Nos mecs veulent se venger »

Maxime B., 40 ans et conducteur d’engin minier, ne comprend toujours pas cette opération de maintien de l’ordre. « Le barrage était filtrant », jure ce père de trois enfants, de la tribu de Nassirah. D’une voix posée, il assume la « mobilisation contre le dégel ». Une « lutte politique » parfaitement organisée à entendre les témoins interrogés dans le dossier.

L’un d’eux explique sur procès-verbal que « les coutumiers ont demandé d’être solidaires avec les gens sur les barrages » à Nouméa et dans le Grand Nouméa. « Nos référents sont en lien avec la CCAT et reçoivent des informations du vieux Tein [Christian Tein est l’un des responsables du mouvement, NDLR]. Les consignes n’étaient pas d’être violents avec les forces de l’ordre », poursuit ce témoin, admettant plus loin que « nos mecs veulent se venger de nos garçons qui se font tirer dessus ».

« Il y a des preuves, des photos ? »

Paul T. dénonce « l’embuscade » des gendarmes pour « m’interpeller. Je n’ai pas jeté de cailloux. Ils étaient à dix mètres de moi. Il y a des preuves, des photos ? » « La parole des gendarmes, c’est tout », répond laconiquement le président, qui ne cache qu’à moitié son agacement face à la fébrilité de la procédure et le manque de preuves.

C’était « la première fois » que ce sculpteur sur bois, au passé judiciaire chargé mais ancien, venait sur le barrage. « Je voulais voir les cousins. » A la barre, le trentenaire ne mâche pas ses mots contre « les vieux de la CCAT qui ont allumé la mèche. Et maintenant, ils se cachent. C’est eux qui devraient être attrapés, pas les militants. » C’est pourtant l’un de ses oncles qui a été désigné comme l’un des organisateurs du barrage de Boulouparis.

Au troisième prévenu de prendre la parole. Xavier N. était venu « soutenir les frères » et les « aider à faire la circulation ». Dans le sac de ce mécanicien sur mine, les gendarmes trouveront 10 cartouches de fusil. « Pour la chasse », se défend-il. Comme ses deux autres camarades, il participe « à une lutte active » avec « une volonté de s’en prendre au fonctionnement institutionnel de la Calédonie et à l’ordre », analyse la procureur Isabelle Fuhrer.

« Ce n’est pas un attroupement pacifiste »

La représentante du ministère public revient en quelques mots sur l’opération à Boulouparis. « Les affrontements ont duré deux à trois heures », rapporte-t-elle, décrivant « l’intensité des combats, de cette guérilla ».

La magistrate évoque le rôle de la CCAT, « ces barrages sont structurés. Il y a les donneurs d’ordre, les gens sur les routes, ceux qui approvisionnent. Ce n’est pas un attroupement pacifiste comme on veut nous le faire croire. » Le parquet requiert des peines de prison ferme et justifie sa demande de mandats de dépôts car « s’ils sortent d’ici, on les retrouvera sur un barrage dans quelques heures ».

Et même si le Camp-Est ressemble à un « l’enfer », « quand on s’engage dans cette lutte, on sait qu’on prend des risques à aller en prison. On module les réponses pénales mais ces gens participent à la déstabilisation du territoire », conclut Isabelle Fuhrer.

« Ils ont des convictions et ils ont le droit »

L’avocate de la défense tente de convaincre la juridiction de ne pas les envoyer en détention, plaidant le fait qu’ils n’ont fait « qu’obéir aux consignes des anciens. Oui, ce sont des militants de la CCAT opposés au dégel. Ils ont des convictions et ils ont le droit. Mais ils ne sont pas d’accord avec les actions violentes », déclare Me Anne Saudeau-Faivre.

Les sanctions sont prononcées un instant plus tard. Quatre mois de prison ferme pour deux d’entre eux. Le troisième, huit mois ferme. Le tribunal ne décerne aucun mandat de dépôt. Sortis libre du palais de justice, ils ont pu rentrer chez eux le soir même.

Jean-Alexis Gallien-Lamarche

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