Barrage de Tuband : une organisation qui tend vers l’apaisement 

Depuis le début des émeutes, le quartier de Tuband est en première ligne face aux violences. Deux semaines et demie se sont écoulées, et les “voisins vigilants” du barrage de la rue Louis Boucher, avec les émeutiers, se sont organisés pour apaiser la situation.

Si la grande majorité des barrages dans les quartiers sud de Nouméa n’ont pas vu passer un seul émeutier depuis le début de la crise il y a bientôt trois semaines, ceux fabriqués près du quartier de Tuband font exception. En effet, dès le début des protestations, de violents affrontements y ont éclaté entre des jeunes habitants du quartier et des résidents rassemblés en groupe de “voisins vigilants”. Jets de pierre, lancers de cocktails molotov et même des tirs : la situation était extrêmement tendue entre les deux camps. “Ça a dégénéré les premières nuits”, témoigne Pierre, l’un des “responsables” du barrage situé en haut de la rue Louis Boucher. “On a même un de nos membres qui s’est pris une balle de carabine à plomb dans le casque”, confie-t-il.

Pourtant, sur au moins un des barrages qui encerclent le quartier, deux semaines après ces heurts, ceux qui étaient venus pour “défendre le quartier” se sont mués en simples agents de circulation, avec “un travail supplémentaire de surveillance et de médiation avec les habitants”.

Des médiateurs ont aidé à apaiser la situation

Pour calmer le jeu, sur le barrage de la rue Louis Boucher, une médiation a rapidement été mise en place. Côté “voisins vigilants”, on s’engage à ne pas descendre plus loin que l’emplacement sur lequel on s’est déjà installé. De même, côté émeutiers, on comprend qu’”on ne remonte pas la rue et on reste sur le rond-point en contrebas”. Une cohabitation devenue possible grâce à des discussions “par l’intermédiaire de médiateurs”, raconte Pierre. Ces médiateurs, qui ont souhaité rester anonymes et ne pas être cités, sont des habitants du quartier, qui connaissent bien les jeunes émeutiers. “Ils ont permis, par exemple dans les premiers jours, de lancer le contact pour faire une coutume avec ceux d’en face”, explique Pierre à leur place.

Le travail de médiation sur ce barrage, c’est aussi de faire comprendre aux agitateurs que “ce n’est pas la milice sur le barrage”, continue de retranscrire le jeune homme. “Je peux comprendre qu’à leur place, voir des mecs rassemblés sur un rond-point derrière un barrage avec le visage caché ça puisse faire peur, mais nous on veut juste protéger notre quartier ! Ils ont d’ailleurs aussi très peur des militaires. Nous, dans les promesses qu’on a dû faire, c’est de pouvoir leur dire si on sait que l’armée arrive.”

La milice, une ombre qui cristallise les tensions

Si les jeunes, eux, reconnaissent que la situation est plutôt calme, ils dénoncent plutôt le fait que leur barrage ait été “enlevé par la police tandis que celui des miliciens est toujours en place”. Parmi leurs craintes, il y a celle de voir descendre dans la rue ceux qu’ils appellent “la milice”. “C’est pour ça qu’on se protège ! On a compris que ceux d’en haut ils n’allaient pas nous attaquer”, rappelle l’un d’entre eux, “mais par contre, si l’armée ou la milice arrive… quand on voit tout ce qu’il se passe autour, c’est ça qui nous fait peur.”

Des craintes, qui étaient partagées de l’autre côté du barrage. Un écrémage a justement dû être fait au sein des “voisins vigilants”. “On a presque plus eu d’affrontements en interne qu’avec les mecs en face”, rigole Pierre. “Des gens qui sont venus avec de mauvaises intentions, il a fallu leur faire comprendre qu’ici ce n’est pas là qu’il faut être si on veut se battre.”

Les premiers jours, un tir a même résonné sur son barrage par un homme qui était venu avec son fusil, confesse Pierre. Pour autant il l’assure : “ce sont des personnes isolées, dont c’est le chaos dans la tête avant tout. Nous, sur notre barrage, l’alcool, les insultes et les armes à feu sont interdites.” Selon lui, plusieurs personnes venues avec de l’alcool principalement ont été renvoyées chez elle.

Vers un nettoyage des barrages ?

Pierre ne le nie pas, il va falloir que la situation évolue au bout d’un moment. “Depuis quasiment une semaine, on n’a pas eu d’affrontements avec les émeutiers”, admet le “voisin vigilant”. En plus, certaines planches ou grilles qu’on utilise sur le barrage proviennent des chantiers alentours, et ils voudront bien les récupérer un jour !” Pour autant, il assure que ce n’est pas le moment de lever le barrage et estime qu’il faudra passer par plusieurs étapes avant de l’enlever complètement. “Pour le moment, le barrage se doit d’être encore là, ça a une vertu rassurante pour les habitants du quartier. Tant que la police ne peut pas être présente à cent pour cent, on reste en place. On peut le réduire, petit à petit, mais l’enlever, pour l’instant je ne pense pas.”

D’autant que d’après lui, la situation n’est pas complètement réglée. “De notre côté, c’est une chose, mais eux trouvent encore des choses à faire pour alimenter leur barrage, allumer des feux. Tous les jours ils inventent de nouvelles choses, coupent du bois, jettent du PQ dans les rues, taguent des panneaux… Tant qu’ils restent de leur côté, nous on les laisse s’exprimer, mais on ne va pas les laisser passer encore.”  

Loris Castaing 

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