Rencontre avec… Françoise Suvé

La cheffe de groupe Loyalistes au Congrès monte au créneau. Elle dénonce la politique fiscale du gouvernement et du Congrès à majorité indépendantiste.

La voix du Caillou : Ce jeudi le Congrès va sans doute adopter, la TET, une nouvelle taxe sur le carburant. Vous allez vous y opposer, notamment au travers d’amendements, quel est l’avenir de ces amendements ?

Françoise Suvé : Nos amendements seront rejetés, comme d’habitude. Bien évidement nous allons nous opposer à ces textes, mais nous soutiendrons aussi tous ceux qui se mobiliseront, non seulement contre ce texte, mais plus globalement contre toutes les réformes fiscales à venir. Ce qui se passe au Congrès est à la fois important et grave, parce que la majorité indépendantiste écarte systématiquement ce qui peut être proposé par les autres groupes. L’objectif est clairement de passer l’intégralité de leurs textes fiscaux, et face à cela, nous n’avons aucun moyen de pression. Peut-être faudra-t-il à un moment donné que les Calédoniens expriment leur opposition. Je le dis, c’est le début d’une dictature qui s’installe, il faut donc montrer que l’on ne peut pas laisser faire ça.

LVDC : Mais quelles sont les raisons qui vous poussent, Loyalistes et Rassemblement, à vous opposer à ces textes ?

FS : Mais la situation économique actuelle ! Une industrie métallurgique au bord du précipice, des entreprises en très grandes difficultés, des milliers de familles qui ont un genou à terre, un pouvoir d’achat qui ne cesse de baisser, c’est ce qui a nous a conduit à demander la suspension de ces réformes fiscales. Nos appels au président du Congrès et au membre du gouvernement en charge de la fiscalité, Gilbert Tuyienon, ont reçu une fin de non-recevoir. Aujourd’hui, le Congrès va voter une nouvelle taxe sur le carburant pouvant atteindre 20 francs du litre, cela représente un surcoût à l’année pour une voiture 50 000 francs et jusqu’à plus de 3 millions pour un camion de rouleurs. Ça n’est donc pas entendable, parce que ça met l’économie calédonienne à terre.

LVDC : D’accord, mais dans le même temps, on nous dit qu’il faut sauver Enercal, cela doit bien passer par des mesures ?

FS : Le problème, c’est que l’on a aucune visibilité sur ce que veut le gouvernement indépendantiste. Plusieurs réformes arrivent et elles sont incohérentes, c’est-à-dire que l’on ne sait pas à quoi elles servent, de combien on a besoin et quels sont les objectifs. Avec la taxe sur les carburants, on va demander aux automobilistes de payer le problème que l’on a sur l’électricité ! A mon sens, il faut aller vers quelque chose de plus vertueux, et cela passe par la simplification de notre fiscalité. Et puis surtout la fiscalité doit rapporter un bénéfice aux Calédoniens et aux entreprises, et donc relancer l’économie. Parallèlement, il faut un plan de maitrises des dépenses publiques, mettre en œuvre des pistes d’économie, mais le gouvernement indépendantiste ne se situe absolument pas dans cette perspective. Il ne va que dans un sens, celui du matraquage fiscal, et on ne sait pas à quoi va servir cet argent, et c’est bien le pire !

LVDC : Vous dites que l’on ne sait pas à quoi va servir le produit de ces taxes, mais la TET par exemple, va alimenter un fonds. On en connait donc la destination.

FS : Oui, le gouvernement créé une multitude de fonds, et ces fonds sont les réceptacles de la recette des taxes. Ces fonds sont gérés par des comités de gestion, pilotés par des membres du gouvernement. Mais ces recettes fiscales ne vont pas au pot commun, elles échappent donc complétement au gouvernement, mais aussi et surtout aux provinces et aux communes. On a le fonds pour l’équilibre tarifaire, le fonds pour le tourisme de croisière, le fonds pour la politique de l’eau partagée, plusieurs fonds vont être créés, alimentés par les taxes, et cela ne fait pas loin de 13 ou 15 milliards ! Cet argent-là ne retournera pas aux Calédoniens, mais va servir à chaque membre du gouvernement pour faire sa propre politique. Ceux qui siègeront dans les comités de gestion pourront affecter ces fonds comme ils le souhaiteront. On voit d’ailleurs dans les objectifs fixés à ces comités de gestion, qu’il n’y a rien de précis. Le Fonds TAP, par exemple, qui héberge la taxe antipollution dédiée au traitement et à la gestion les produits toxiques a été ponctionnée l’an dernier par le membre du gouvernement Jérémy Katidjo-Monnier, pour financer la politique de l’eau partagée, le versement de subventions à des associations environnementales et des travaux de voirie !

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