Un père et sa fille ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Nouméa à de la prison avec sursis pour des erreurs de gestion aux conséquences financières importantes.
Une « générosité » qui l’a conduit tout droit au tribunal. Un gérant d’une imprimerie a été condamné par le tribunal correctionnel de Nouméa pour des abus de biens sociaux après avoir versé des millions de francs à sa fille alors que la société était confrontée à de graves difficultés financières. A l’origine de ce dossier, une plainte adressée au juge d’instruction d’un associé minoritaire qui révèle des détournements importants de la part du gérant. Le plaignant dénonce également qu’il n’est plus convoqué aux assemblées générales d’approbation de comptes annuels et que cette mise à l’écart s’expliquerait par la volonté du gérant de ne pas dévoiler ses agissements délictueux. Bref, autant d’éléments qui intriguent et qui débouchent sur l’ouverture d’une information judiciaire et de tout un tas d’investigations.
Une « addiction » à l’argent
« Une expertise a permis de découvrir que vous avez consenti à des avances sur salaire à votre fille, votre fils et votre épouse », introduit la présidente Hélène Gaillet. Problème, ces avances n’ont jamais été régularisées par sa fille, graphiste au sein de la société, « qui avait pourtant un salaire plus élevé que les autres employés pour le même poste avec 530 000 francs par mois ». La magistrate parle « d’avances particulièrement élevées » qui apparaissaient « dans les lignes de compte » et qui n’étaient en rien « dissimulées ». Plus de 20 millions de francs ont ainsi été accordés à sa fille entre 2005 et 2019. Or, plus de 6 millions de francs n’ont jamais été remboursés.
Une situation d’autant plus délicate que les affaires vont mal pour cet imprimeur qui employait une dizaine de salariés à l’époque. Le chiffre d’affaires est mauvais et les dettes s’accumulent : 75 millions auprès de la Cafat, 12 millions auprès de la CLR. Le gérant reconnaît une gestion « pas optimale de la société » mais, à la barre, il rejette la faute sur son expert-comptable. « Je n’ai pas été aidé, ni encadré », assure-t-il.
Interrogé sur les avances de salaire jamais remboursées par sa fille, le prévenu assume sa responsabilité. Il parle d’une « addiction » de sa fille à l’argent, « d’achats compulsifs » et de « voyages ». « Son salaire avait été augmenté mais cela n’a pas suffi. Je suis entré dans un engrenage. Plus on lui donnait de l’argent, plus elle en demandait. En tant que père, c’était compliqué de lui dire non. J’ai été naïf ».
Interdits de gérer une société
Au fil du procès, on découvre aussi qu’elle avait dérobé et utilisé des chèques de la société et que pour rembourser la dette, ses parents avaient été obligés de vendre leur bateau. Leur fille évoque à son tour « une spirale » infernale. « Je faisais des crédits pour rembourser d’autres crédits. J’étais dans une période où j’achetais tout et n’importe quoi, des achats superficiels de tous les jours », explique la mère de famille. Les magistrats essayent de comprendre où est passé l’argent. « Vous n’étiez pas dans le devoir de secours. Votre fille n’était pas à la rue ou dans un état de nécessité qui justifierait toutes ces avances », raisonne Hélène Gaillet qui rappelle que « le loyer » de Madame était payé « par la société ».
L’avocat de l’associée minoritaire demande dix millions de francs « au titre du préjudice financier. Mon client déplore une perte de son compte courant de 96 millions de francs », résume Me Philippe Grand-Jean.
En 2021, c’est le dépôt de bilan pour l’imprimerie après des années de redressement judiciaire. « L’abus de biens sociaux n’a pas contribué à la mauvaise santé financière de la société », se défend le prévenu. Un point de vue qui n’est pas partagé par le procureur Nicolas Kerfridin, affirmant au contraire que « ces sommes auraient pu être injectées ailleurs, notamment au remboursement de vos créanciers légitimes. Cette façon d’agir était fautive et irrégulière. Vous avez privilégié votre fille à la société ».
L’avocate Me Sophie Devrainne l’assure, sa cliente « ne s’est pas rendue compte que ses avances avaient pu créer des difficultés dans la société. Le père comptait résorber lui-même les avancées et les trous de trésorerie causés par sa fille ».
Après en avoir délibéré, le tribunal a condamné le gérant et père de famille ainsi que sa fille à la peine de six mois de prison avec sursis. Ils sont également interdits de gérer une société pour les cinq prochaines années.
Jean-Alexis Gallien-Lamarche



