La SLN souhaite diversifier sa production

Pour répondre à l’évolution du marché, l’usine de Nouméa envisage de relancer son atelier produisant de la matte, fermé il y a sept ans.

Le marché décide, il faut s’adapter. Ainsi fonctionne l’économie. A Doniambo, « on faisait de la matte jusqu’en 2016 », rappelle Jérôme Fabre. « On avait un petit atelier qui était en aval des fours électriques où on transformait du ferronickel brut non raffiné en matte », poursuit le directeur général de la SLN. Il a été fermé, avec reclassement de « tout le monde », cela « parce qu’à l’époque on vendait le ferronickel 25 % plus cher que la matte ». Dans ces conditions, « c’était beaucoup mieux de ne faire que du ferronickel. On était déjà en crise, on perdait de l’argent », une décision radicale avait dû être prise.

« Aujourd’hui, il se trouve que le marché a changé, il y a cette déconnexion du prix du ferronickel du LME (London Metal Exchange, NDLR) », continue Jérôme Fabre. En ce moment, « le prix de la matte », laquelle contient « plus de nickel » pouvant « aller dans les batteries », « est plus élevé que le ferronickel et ça paie les couts de transformation ». Il faut donc revenir à ce qui était fait jusqu’en 2016.

Un projet à 2,4 milliards 

La nouvelle stratégie pourrait être appliquée « en moins de deux ans », le temps des travaux. « C’est bien, parce qu’on a déjà un atelier, on a juste à faire quelques investissements marginaux » afin de « remettre au gout du jour cette installation » et la « relancer ». Des investissements qui n’ont pas un coût marginal : « 20 millions d’euros », soit près de 2,4 millards de francs. La SLN produirait alors 12 000 tonnes par an de matte, le reste (43 000 tonnes environ si tout va bien) serait du ferronickel (NHP).

« On reviendrait finalement au modèle historique de la SLN. C’est intéressant, toujours, les anciens ne sont pas bêtes : la SLN, depuis le milieu des années 70, avait mis en place ces deux produits, le ferronickel pour l’inox et la matte pour le non inox, et on avait cette capacité d’arbitrage entre ces deux marchés », note Jérôme Fabre.

« Prudemment optimiste »

Reste une question : qui paierait les 2,4 milliards ? « Ça va être l’objet d’une discussion » dans le futur, car « ce n’est pas trop à l’ordre du jour », rappelle le dirigeant. « Aujourd’hui, nous, on n’est pas dans une logique de faire des nouveaux investissements, puisqu’on est dans une logique où il faut qu’on essaie de survivre à une crise immédiate qui est liée à cette baisse des cours du nickel » depuis bientôt deux mois, véritable « chute libre ».

En fin de semaine, il est prévu un conseil d’administration de l’actionnaire majoritaire, Eramet. Lequel, précise Jérôme Fabre, « a accepté de faire une petite aide » pour l’arrivée d’un « bateau de fioul », remboursable plus tard, permettant à la SLN « de ne pas faire cessation de paiement en décembre », ce qui repousse l’échéance « à février ». D’où l’urgence, pour les différentes parties prenantes sur le dossier du nickel calédonien, de vite trouver un accord politique. Le directeur général de la SLN se dit « prudemment optimiste ».

Anthony Fillet

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