Elle cache le décès de sa mère pour continuer à percevoir sa retraite pendant neuf ans

Pendant pratiquement une décennie, elle a profité de la pension de retraite de sa mère qui était décédée. Elle n’avait jamais déclaré sa mort aux organismes. Le préjudice est estimé à quinze millions de francs.

Un « oubli » qui lui a rapporté un joli pactole. C’est une affaire peu banale que viennent de mettre au jour les enquêteurs de la police nationale à Nouméa. D’après nos informations, une femme d’une soixantaine d’années vient d’être démasquée après avoir, pendant des années, trompé les administrations et touché illégalement des millions de francs de revenus, dont les pensions de retraite, au préjudice des caisses sociales du pays pourtant pas épargnées par un déficit abyssal. En avril 2013, au décès de sa mère, la suspecte n’avait pas trouvé bon de déclarer la mort de celle-ci aux différents organismes, comme la loi l’exige pourtant, comme la Cafat (Caisse de compensation des prestations familiales, des accidents du travail et de la prévoyance des travailleurs de la Nouvelle-Calédonie) ou la compagnie de retraite complémentaire. Chaque mois, la pension de retraite (versée à sa mère depuis 1988), une pension de réversion ainsi qu’une retraite complémentaire continuent de tomber sur le compte bancaire de sa mère défunte.

Elle falsifiait les attestations de vie

Les investigations poussées des fins limiers de l’Unité économique et financière ont ainsi permis de mieux comprendre le système mis en place par sa fille pour toucher indûment des centaines de milliers de francs qui ne lui revenaient pas. Ils se sont ainsi aperçus que les sommes avaient été versées pendant neuf ans sur le compte en banque de la mère de famille pour lequel sa fille avait une procuration depuis de nombreuses années, lui permettant ainsi de pouvoir réaliser des opérations bancaires sans être inquiétée. Pour tromper la Cafat, la sexagénaire peu scrupuleuse imitait la signature de son aïeule sur les attestations de vie envoyées chaque année par l’organisme. La Caisse n’y a vu que du feu. Mis bout à bout, le préjudice est colossal sur ces neuf années d’escroquerie. Il est estimé à plus de 12 millions de francs. Visiblement pas étouffée par les remords, la fille a perçu également de confortables revenus de la part de la compagnie de retraite complémentaire à qui elle n’a, là aussi, jamais déclaré la mort de sa mère : plus de deux millions et demi de francs. Sans grand effort de tromperie puisqu’à aucun moment, l’organisme a transmis le formulaire d’attestation de vie normalement envoyé tous les cinq ans.

Faux et escroquerie

Devant les enquêteurs qui avaient compilé assez d’éléments à charge, la sexagénaire a fini par reconnaître la supercherie, expliquant qu’elle a utilisé cet argent à des fins personnelles et notamment pour jouer au casino à raison de 50 000 francs par semaine. Après neuf ans de pension indue, elle sera prochainement invitée à comparaître devant le tribunal correctionnel de Nouméa pour « faux », « escroquerie faite au préjudice d’un organisme de protection sociale pour l’obtention d’une allocation ou prestation indue » et « déclaration fausse ou incomplète pour obtenir d’un organisme de protection sociale une allocation ou prestation indue ». Si elle est reconnue coupable, la justice pourrait lui ordonner de rembourser les millions volés dans les caisses du territoire.

Jean-Alexis Gallien-Lamarche

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