La mémoire d’Acôma Nerhon, Kanak et serviteur de l’Armée française, saluée par l’Etat

Sébastien Lecornu, ministre des Armées, a rendu un hommage appuyé, hier matin à Nouméa, à cet homme qui fut à la fois combattant, aumônier et infirmier pendant la Première Guerre mondiale il y a plus de cent ans. Un bâtiment de la Direction de l’administration sanitaire et sociale des forces armées, dans le quartier de l’Artillerie, porte désormais son nom.

Au micro, la vie d’Acôma Nerhon a été retracée. Il est né en 1888 à la tribu de Nediven, à Houaïlou. Il suit sa scolarité à Bondé, sur la commune de Ouégoa, puis devient moniteur de l’enseignement protestant. Il s’engage comme volontaire en février 1916, puis embarque le 4 juin à bord du Gange. Direction Marseille. Membre du Bataillon du Pacifique, c’est un combattant et un infirmier grave et courageux, brillant par son calme et sang-froid, est-il raconté par un gradé des Forces armées de Nouvelle-Calédonie (Fanc). Après la fin de la Première Guerre mondiale, il embarque le 15 septembre 1919 au Havre. Il est de retour sur le Caillou le 5 février 1920. Il devient pasteur à la tribu de Boakaine, à Canala, participe aux travaux de diverses commissions sociales, en particulier celle de la lutte contre l’alcoolisme. Par la suite, il reprend un poste de moniteur de l’enseignement protestant et aide à la construction d’une école. Il sera aussi élu président de la coopérative agricole de son secteur. Puis, durant la Seconde Guerre mondiale, il donne la main en déchargeant des camions de l’US Army et en participant à des travaux sur l’aérodrome de Magenta.

« Parcours exemplaire »

« Un parcours exemplaire à suivre. En effet, son abnégation vers sa patrie, son engagement citoyen notable, sa volonté déterminante d’accompagner nos changements ainsi que son sens aigu des responsabilités sont des valeurs qui nous inspirent tous. En particulier pour nos jeunes générations, souvent en quête de repères, ce chemin de vie d’exception que nous honorons aujourd’hui leur suggère de construire une image valorisante, stable et cohérente d’eux-mêmes et nous offre alors un levier pour participer tous en conscience à l’édification d’un vivre-ensemble », synthétisent les Fanc à propos d’un homme qui fut, entre autres, médaillé militaire et chevalier de l’ordre de la légion d’honneur. Acôma Nerhon est décédé en 1969. Dans un discours prononcé hier en fin de matinée devant les autorités et devant la famille d’Acôma Nerhon, Sébastien Lecornu a commencé en évoquant l’« épopée glorieuse et difficile des tirailleurs ». A leur sujet, dit le ministre des Armées, « je me suis toujours demandé pourquoi cette histoire n’occupe pas plus de place dans la Nouvelle-Calédonie d’aujourd’hui ». Pour l’ancien ministre des Outre-mer, « il est indispensable de recommencer par notre histoire et notre mémoire », soulignant que « plus de 2 000 Calédoniennes et Calédoniens », dont « un millier de Kanak », ont été « mobilisés pendant la Première Guerre mondiale, dans des conditions particulières ». Ils ont été actifs « surtout fin 2016, toute l’année 2017 et le début de l’année 2018 : ce furent des soldats remarquables ».

« Chemin de réconciliation »

Devant « cette stèle qui consacre l’héroïsme du soldat Nerhon, nous voyons à quel point nous leur devons tant », a ajouté Sébastien Lecornu. « Il est indispensable pour moi que nous puissions reforger quelques racines de notre mémoire collective. Comme je l’ai dit aux élus du territoire, je souhaite que ce que nous faisons ce matin ne soit pas un événement, mais un point de départ. Je souhaite que l’ensemble des forces politiques représentées au Congrès, que ce soit indépendantistes ou non-indépendantistes, puissent justement trouver ce chemin de réconciliation en baptisant des noms de rues, d’écoles, de collèges, de lycées, d’hôpitaux, pour justement mettre à l’honneur pour ceux qui se sont battus, parfois, même souvent, pour une France hexagonale qu’il n’avait jamais connue, et surtout pour un système de valeurs. »

Anthony Fillet

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