Lexique calédonien

C’est un fait: les Calédoniens parlent ce que les linguistes désignent par le « français calédonien », ce qui demeure la langue française, mais un français standard « tropicalisé » à une sauce régionale. Ce qui fait qu’un Lyonnais ne comprend pas tout à fait les aventures de « Tonton Marcel », ou qu’un amateur de théâtre parisien a du mal à suivre « Fin mal barrés ». Aujourd’hui, je vous propose de découvrir le verbe « beuquer ».

Dans le patois des Ardennes, beuquer veut dire: regarder furtivement en écartant le rideau de la fenêtre. En passant dans certains villages de la région, vous verrez les rideaux se refermer d’un coup, sans voir personne. Pas la peine de réfléchir, c’est sans doute une grand-mère qui beuque !

En français de Nouvelle-Calédonie, le verbe beuquer a un tout autre sens.

Notre parler régional a été très influencé par la proximité et les liens de toute nature qui se sont tissés avec l’Australie. On trouvait même ces similitudes dans la vie courante. Par exemple, autrefois, il fallait prendre un thé à 4 heures.

Pas la peine, d’ailleurs, de chercher bien longtemps. J’ai déjà évoqué le français calédonien de Brousse, celui qui est notamment employé dans les « stations », en français standard, exploitations agricoles ou fermes.

On y trouve ainsi les « runs », les «paddocks», les « stockyards », les « stockmen », ou encore les « stockwhips ».

Prenons à présent le verbe anglais « to buck » qui a de nombreuses traductions. Dans sa forme intransitive, il signifie « donner une ruade », mais également aux États Unis, donner un coup de tête ou encore se rebiffer. « To buck against change » veut dire se rebiffer contre les changements. Dans la forme transitive, on retrouve ces sens. « To buck the system » veut dire sep rebiffer contre le système, ou encore « The horse bucked his rider off » signifie le cheval a jeté à bas son cavalier.

Et bien en Calédonie, on a créé un néologisme avec le verbe beuquer, venant de to buck, et qui conserve une signification assez proche. « Le cheval a beuqué » veut dire le cheval a fait une ruade. On l’utilise aussi pour dire d’un taureau ou d’un cheval qu’il arque le dos sous le coup d’une blessure accidentelle, une signification qui se rapproche du français standard.

Beuquer, dans le langage familier, veut aussi dire de quelqu’un qu’il a réagi brusquement. « Je lui ai dit qu’y comprenait peau de balle ! Ben tu connais, il a beuqué ».

Autrefois, enfin, beuquer voulait dire se débarrasser de quelque chose ou de quelqu’un gênant. « Y m’les cassais, alors j’lai beuqué ».

Bon, moi je vous beuque pas. À bientôt.

Gaby Briault

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