Médaillée d’or aux Jeux du Pacifique en 2003, à Suva, Solenn Gourand, aujourd’hui âgée de 38 ans, portera une nouvelle fois les couleurs de la Calédonie, en novembre aux Salomon, pour le retour de la planche à voile.
C’est en quelque sorte un retour aux sources. Solenn Gourand a plongé dans l’univers du windsurf à l’adolescence, poussée par ses parents. Elle avait alors 14 ans. « Je faisais de la gymnastique. Mais, comme, je venais de me faire opérer du cœur, il trouvait peut-être la discipline trop physique. Surtout, il pensait sûrement que j’allais faire de la planche en mode loisir. Ils n’ont peut-être pas fait la bonne équation », rigole-t-elle aujourd’hui. De l’école de voile, elle rejoint rapidement les rangs de l’Association calédonienne de planche à voile (ACPV), le club « des grands ». Motivée par Charles Cali, ancien président du CTOS décédé en 2021, Solenn Gourand laisse sa « peur » de côté et franchi le pas. Au point, quelques mois plus tard, de disputer ses premiers championnats de France. « C’était en 2000. On s’est retrouvé à Dunkerque, on était les seuls sans chausson alors qu’il faisait 12 degrés, se remémore-t-elle. C’était assez mémorable, mais c’était génial. »
Le début d’une nouvelle aventure. « J’avais mordu, avoue-t-elle. A ce moment-là , je savais que je voulais faire ça et que je voulais aller le plus loin possible. » Les trois années qui suivent, elle les passe sur le territoire. Mais elle découvre, dès 2021, les joies du haut-niveau avec un titre de vice-championne d’Europe à Marseille et une sixième place mondiale à Pattaya en Thaïlande dans les catégories jeunes. Avant de goûter à l’or, aux Jeux du Pacifique, aux Fidji en 2003. Une ultime compétition avant le grand saut vers la Métropole, où elle intègre, un an plus tard, le pôle France, « la cours des grands ». « C’est vraiment ce que je voulais. Ça a vraiment été six années non-stop, entre les différentes compétitions et le circuit international », se rappelle-t-elle.
La génération Picon
En 2010, nouveau changement de bord. Solenn Gourand plonge vers les études. Pour des raisons personnelles, mais aussi sportives. « En planche à voile olympique, il y a seulement un représentant possible aux JO. Et, moi, je suis tombée dans la génération de Charline Picon. On a su assez rapidement, que ce serait très compliqué de rivaliser et d’aller aux Jeux », glisse-t-elle, rappelant que la Française est double médaillée olympique, avec l’or au Brésil (2016) et l’argent à Tokyo (2021).
« Les mains souffrent un peu, le dos aussi, mais ça revient, les automatismes sont là »
Si elle continue de naviguer pendant deux ans, « avec les copains », elle tourne définitivement la page à son retour en Calédonie. « Faire du funboard de temps en temps, ça ne me dérangeait pas, mais ça ne me branchait pas plus que ça. Ce n’était plus de la régate », dit-elle. Le début d’une nouvelle vie, familiale et professionnelle pour cette ostéopathe.
« Un projet familial »
Mais, plus de dix ans après, elle a été repiquée par le virus de la compétition alors que la planche à voile fait son retour aux Jeux du Pacifique cette année. « J’étais en train de regarder les lumières de Noël, quand mon ancien coach est venu me voir. Et, de fil en aiguille, j’ai complété les papiers », sourit-elle. Si elle a d’abord songé à laisser la place aux jeunes, le support retenu pour la compétition océanienne, le Windsurfer, « une planche à dérive qui date des années 1980 », l’a poussée à se lancer. « On s’est retrouvé entre anciens, c’était assez drôle. La planche à dérive, c’est complètement différent. C’est de la régate. Dans l’esprit, ça se rapproche plus du bateau que du funboard. Il y a de vraies problématiques de tactique, de stratégie », complète-t-elle.
Les doutes sont réels malgré tout alors que les trois attaques de requin en début d’année ont mis à mal sa motivation. « Quand il y a eu la troisième attaque, mon mari n’était pas favorable. Même moi, même si je n’ai jamais eu peur, je n’avais pas forcément envie de remettre les pieds sur l’eau », reconnaît cette mère de famille de trois enfants, âgés de 6 ans, 4 ans et 2 ans. Mais l’effervescence est là , l’ambition a regagné du terrain. En dehors des regroupements sélectifs, elle s’entraîne ainsi sur le lac de Yaté. « C’était le deal. Ça m’a permis d’apprivoiser le support, de me sentir à l’aise, de tenter des choses que je n’aurais pas fait si j’avais été en mer », glisse-t-elle. Et, finalement, « c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas ». « Les mains souffrent un peu, le dos aussi, mais ça revient, les automatismes sont là », assure-t-elle, dorénavant ambitieuse pour les Jeux du Pacifique. « Il faut ramener l’or, en individuel et en équipe. Quitte à se lancer dans la compétition, autant y aller à fond », conclut-elle, heureuse de pouvoir retrouver cette ambiance si particulière des Jeux du Pacifique.
Claire Gaveau




