Plongée dans l’inventaire du patrimoine kanak dispersé

Jusqu’au 14 avril, le centre culturel Tjibaou accueille l’exposition « Carnets kanak, voyage en inventaire de Roger Boulay ». Une exposition conçue par le musée du quai Branly de Paris et dédiée à l’Inventaire du patrimoine kanak dispersé (IPKD).

Après l’exposition « Kanak l’art est une parole » en 2013-2014, « Carnets kanak, voyage en inventaire » de Roger Boulay est la 2e exposition conçue par le musée parisien à être présentée en Nouvelle-Calédonie.

Explorer le patrimoine kanak

Cette exposition relate une longue et singulière aventure : celle de l’ethnologue Roger Boulay, spécialiste de l’Océanie mais aussi artiste sculpteur, qui pendant plus de 35 ans, a entrepris un tour du monde des musées pour recenser les objets kanak dispersés aux quatre coins de la Terre, « dans l’idée de rassembler ce qui est épars et de donner du sens aux histoires multiples contées par ces objets », raconte Emmanuel Kasarhérou, un autre passionné d’archéologie, aujourd’hui président du musée du quai Branly. Ce travail minutieux d’enquête et de reconstitution patrimoniale a été déclenché par une rencontre : celle en 1979 de Jean-Marie Tjibaou, alors chef du gouvernement de Nouvelle-Calédonie, qui demande à Roger Boulay de pointer les collections kanak dans les musées de France et d’Europe. « Son souci, ainsi exprimé, était de savoir où se trouvaient ces collections, dans quel état elles étaient conservées et ce qui était dit du monde kanak dans leur présentation », explique Emmanuel Kasarhérou. Un travail qui au fil du temps s’est mué en véritable passion de l’artiste muséologue pour l’Océanie et la culture kanak.

Des enjeux mémoriels

En 2011, lorsqu’il rejoint le musée du quai Branly, Emmanuel Kasarhérou poursuit ce travail d’inventaire aux enjeux d’histoire et de mémoire. De l’Allemagne à la Norvège en passant par l’Afrique et l’Amérique, les deux passionnés recensent des milliers de pièces kanak dans des centaines de musées et constituent une base de données ouverte aux professionnels et aux chercheurs, mais aussi au grand public. « Nous avons manipulé près de 17 000 objets à ce jour, mais il en existe bien plus », souligne le président du musée parisien. Concentrée sur une surface de 100 m2 au centre culturel Tjibaou, l’exposition Carnets kanak se focalise sur l’inventaire réalisé entre 2011 et 2015 dans les musées de France et d’Europe et leurs réserves.

Des dessins en complément

Le récit de cette longue aventure au cœur de l’inventaire ne se limite pas à des objets et à leurs descriptions détaillées. L’exposition est accompagnée de nombreux croquis aquarellés par Roger Boulay. « La manière de comprendre un objet passe souvent par la capacité de le dessiner, d’en extraire ses lignes de force. La photo vous donne une version objective de l’objet ; le dessin oblige à des choix. C’est une ligne parmi tant d’autres possibles, c’est une ombre parmi tant d’autres possibles… Roger Boulay a cette compréhension de l’objet par le dessin », décrit Emmanuel Kasarhérou, en l’absence du dessinateur talentueux, malade, auquel il souhaite rendre hommage. Des aquarelles qui perpétuent la tradition des voyageurs dessinateurs et qui racontent aussi une histoire empreinte de sensibilité. « On a l’impression que ces collections se sont déposées dans les musées de manière naturelle, mais rien n’est plus faux, explique Emmanuel Kasarhérou. Tous ces objets sont liés à une subjectivité très forte, à la fois de celui ou celle qui produit ces objets, qui a fait un choix de les réaliser de telle ou telle manière, et de celui ou celle qui constitue une collection, qui choisit de prendre tel objet plutôt qu’un autre. Donc ce travail qui se veut scientifique passe mal- gré tout aussi au filtre de la subjectivité de chacun d’entre nous ». « Chacun d’entre nous est ainsi porteur d’une forme de patrimoine, dans sa capacité à dire, à exprimer selon ses moyens, sa forme de singularité au monde au travers d’un goût, d’une expérience comme celle de l’inventaire », estime l’ancien directeur du centre culturel Tjibaou.

En 2019, Roger Boulay a fait don au musée parisien de ses dix carnets de dessins réalisés lors de son inventaire entre 2011 et 2015. Ses croquis trônent aux côtés de nombreux autres témoins de cette tâche de reconstitution : photographies, fiches manuscrites, éditions et maquettes. Autant de pièces d’un puzzle qui permettent d’appréhender le patrimoine kanak des deux derniers siècles et de révéler au public sa richesse et sa diversité. Le centre culturel Tjibaou héberge l’exposition jusqu’au 14 avril 2024.

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