Le Salon International du Livre Océanien (SILO) va animer ce mois de septembre. L’occasion d’évoquer le livre et la littérature en compagnie du président de l’Association des Écrivains de Nouvelle-Calédonie, Alexandre Rosada.
La voix du Caillou : Pourquoi avoir pris la présidence de cette association ?
Alexandre Rosada : C’est vrai que pour moi, c’était une première. Jamais je n’avais été président de quoi que ce soit. Je ne mesurais pas la complexité de l’associatif, j’avais une image de l’associatif qui ne correspondait pas à la réalité. Mais j’ai considéré qu’après avoir reçu, je devais donner, puisque l’association m’avait accueilli et que j’avais interviewé plus ou moins tous les écrivains. Je n’étais pas en terre inconnue. J’avais aussi l’envie de le faire.
LVDC : Était-ce aussi un défi personnel ?
AR : Oui absolument. Il fallait que chacun trouve sa place et ait sa part de lumière pourrait-on dire au sein de l’association. Il fallait penser collectif, pour que chacun se sente bien au sein de l’association. D’ailleurs, j’ai eu avec moi pour m’accompagner le bureau de l’an- cienne mandature qui s’est montré très efficace, il m’a aidé à faire des choses dès la première année. On a organisé des réunions, des évène- ments, des dédicaces.
LVDC : Quelle est votre ambi- tion pour l’association ?
AR : Ma profession de foi est tou- jours d’actualité et je la mets en pratique. Mon ambition a donc été d’abord d’ouvrir l’association aux jeunes écrivains de toutes cultures, nous avons ainsi enregistré des adhésions de jeunes entre 25 et 40 ans, qui apportent un sang neuf. Ensuite, l’ambition est de nous inscrire dans des opérations avec des institutions, nous avons ainsi fait des opérations avec le Camp Est, le vice-rectorat et d’autres. Notre ob- jectif est aussi d’accroitre la visibilité de l’association qui jusqu’alors était un peu dans l’ombre. Pour obtenir des budgets, il a fallu montrer notre crédibilité auprès des institutions. Quand j’ai pris la présidence pour la 1ère fois, il n’y avait encore tout le drame associatif et culturel que nous connaissons actuellement, et nous avons pu avoir quelques budgets pour agir. Notre grand objectif est d’ins- crire la littérature calédonienne dans le corpus enseignant. Nous avons passé un partenariat avec le vice-rectorat dont un comité de lecture indépendant de l’associa- tion, va sélectionner 5 textes issus de « Sillages » notre revue, et ces textes d’auteurs locaux vont être enseignés en collège et lycée. Ça, c’est vraiment du concret. On ouvre donc l’association aux gens et l’on fait entrer des textes calédoniens dans l’enseignement. C’est vraiment mon marqueur, parce que c’est utile.
VDC : Ça doit être quand même difficile de présider une association qui a trait à un secteur comme la littérature, en très grand difficulté ?
AR : Dans le contexte calédonien, la culture a toute son importance, toute sa valeur, car elle dit des choses qui permettent le débat. Alors est-ce voulu que l’on sert les vis parce que nous serions en ces- sation de paiement ? C’est quand même étrange de constater que la culture est le parent pauvre de cette mandature ! Ou alors, les budgets vont ailleurs. Il y a des choix qui sont faits et pas forcément pour la littérature calédonienne ou pour des mouvements associatifs qui se veulent en dehors d’une pensée unique qui consisterait à ethniciser un peu la culture.
LVDC : Pourtant, il y a une litté- rature calédonienne !
AR : Mais évidemment ! On peut remonter à nos piliers, Baudoux ou Mariotti dont des établissements scolaires portent le nom, mais il y a aussi Ohlen, Claudine Jacques, Kurtovitch, Mokkadem et plein d’autres ! Et puis il y a la nouvelle génération qui est là et fait vivre la littérature. Chacun apporte sa pierre, avec un roman, des nouvelles, des poésies et tire vers le haut. Alors il faut un peu d’argent et beaucoup d’énergie, et même quand il n’y a pas d’argent, mais de l’énergie, c’est bien ! Par exemple, nous serons présents au Salon de l’Alimentation, puisque le dernier numéro de notre revue «Sillages» publié par Ô Edition Pacifique Sud, est sur le thème «je mange, donc je suis», au travers d’un stand sur lequel, en guise de nourriture culturelle, nous proposerons nos livres. L’énergie, elle est là.