Un sans-abri condamné pour une agression sexuelle à l’Anse-Vata

Jugé hier au tribunal correctionnel de Nouméa, pour des faits remontant au mois dernier et commis contre un adolescent, l’homme a été envoyé en prison pour au moins trois ans.

Un matin, avec vue sur le lagon. La promesse d’une belle journée. Une demi-heure plus tard, pourtant, ce jeudi vire au cauchemar. Il est un peu plus de 8 h, lorsqu’une mère dépose son fils de 14 ans devant le complexe commercial de l’Anse-Vata. Depuis le lundi, il y fait un stage dans une boutique, dont elle est responsable. En attendant l’ouverture du magasin, l’adolescent patiente avec son téléphone. Sa mère, peu rassurée car « il y a beaucoup de SDF » dans le quartier, lui demande, en son absence car ce matin-là elle doit travailler dans un autre magasin, de ne pas s’isoler, d’attendre là où il y a déjà du monde. De bons conseils, qui n’empêcheront malheureusement pas l’agression dont son fils a été victime.

« Un diable »

Abordé par un homme de 49 ans, qui lui demande d’abord l’heure, l’adolescent ne sent pas venir le danger. Il a déjà parlé avec lui la veille, il l’a trouvé sympathique et ont même partagé un café. Mais, ce matin du 20 juillet, la situation dérape : après avoir reçu sa réponse sur l’heure, l’homme attrape le jeune par le poignet et le contraint à le suivre, dans un couloir. Il tente à plusieurs reprises de l’embrasser, puis, avec la main de la victime, effectue des va-et-vient au-dessus de son pantalon. Une masturbation forcée, ponctuée d’un gémissement, avant que l’homme, qui dit être tombé amoureux de l’adolescent, ne disparaisse. Sous le choc, le collégien prévient une employée du magasin dans lequel il fait son stage, sa mère est appelée, la police aussi. Le mis en cause est interpellé. « J’ai fait une bêtise, je n’étais pas moi-même », c’est comme si c’était « une autre personne », a expliqué hier le prévenu à l’audience, présidée par Sylvie Morin. « C’est un diable » qui a pris le contrôle de mon corps, résume-t-il.

Essence et pulsions

Séparé de la mère de ses enfants en 2012, l’homme, né à Thio, où il ne retourne plus, est depuis en errance, sans travail, sans revenus, sans domicile. Son casier judiciaire fait mention de plusieurs condamnations, principalement entre 1993 et 1997, dont une fois, déjà, pour une agression sexuelle sur un mineur de moins de 15 ans. A l’époque, il avait passé un peu plus d’un an en détention. Trente ans plus tard, voilà qu’on le retrouve pour des faits de même nature. « Êtes-vous attiré par les jeunes garçons mineurs », l’interroge la présidente. « Je ne sais pas, je suis perdu », balbutie-t-il. Selon l’expertise psychiatrique, le prévenu est d’un « niveau intellectuel plutôt inférieur à la moyenne », les conséquences, peut-être, d’une ancienne forte consommation d’alcool, et d’essence régulièrement snifée au début des années 90. L’expert évoque une « pédophilie ancienne » et un « mécanisme de pulsions sexuelles puissantes et incoercibles ».

Culpabilité et excuses

Avec cette agression, le prévenu a emporté « avec lui cette innocence qu’on a quand on a 14 ans », relève l’avocate de la victime. Qui, jour après jour, après des nuits difficiles, se reconstruit. Sa mère, présente à l’audience, n’a pu retenir ses larmes. « Je suis dévastée. Je veux que ce soit le dernier enfant » victime de tels actes. Elle s’en veut d’avoir déposé son fils ce matin-là, de ne pas être restée avec lui. Elle en veut aussi à sa cheffe, à qui elle avait confié son inquiétude de devoir laisser l’adolescent sans surveillance, souhaitant une modification de son planning. Une demande refusée. Depuis, la mère de famille a démissionné. Aujourd’hui, elle ne peut plus prendre son fils « dans les bras et l’embrasser », car « il y a un rejet » de la part d’un jeune qui se sent sali et qui s’en veut, lui aussi. « Un sentiment de culpabilité » domine en effet chez lui, car « il n’a pas su réagir et se défendre » : lors de l’agression, « il était pétrifié », confie la maman. En tenant en compte d’une « absence partielle de discernement » de la part du prévenu, le vice-procureur de la République, Nicolas Kerfridin, a réclamé un an et demi de prison. Après délibération, le tribunal est allé plus loin : cinq ans de prison, dont deux ans avec sursis (pour une période de trois ans). L’homme devra suivre des soins psychiatriques, ne pas exercer d’activité avec des mineurs, ne pas entrer en contact avec les victimes et son nom sera inscrit au fichier des délinquants sexuels. « Le tribunal est extrêmement inquiet de votre profil, monsieur. Il faut que vous vous fassiez aider, soigner », a conclu la présidente, avant que le condamné ne présente de timides excuses à l’adolescent et à la mère de celui-ci. Pour le préjudice causé, il devra indemniser l’adolescent à hauteur d’un million de francs, plus 300 000 francs pour la maman.

Anthony Fillet

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