Rencontre avec… Nina Julié

Elue à la province Sud et porte-parole de Génération NC, Nina Julié est aussi la présidente de l’association Scal’Air, qui travaille sur la qualité de l’air.

Dans le bilan de l’année 2022, publié courant juillet, 46 dépassements de seuil ont été enregistrés alors qu’il y en avait eu seulement 4 en 2021. Comment expliquer de tels chiffres ?

Nina Julié : Sur Nouméa, c’est une pollution de pointe et non à une pollution chronique. Il y a eu, effectivement, de nombreux déplacements en 2022. On a remarqué des conditions météorologiques défavorables, avec un vent qui a davantage ramené la pollution sur les zones de surveillance. Cela était combiné, en plus, à la fin de vie de la centrale B, un outil obsolète de plus en plus polluant. On a également connu une année 2022 très humide. La SLN n’utilise pas seulement du fioul pour sa centrale thermique, mais aussi pour son processus de calcination et de séchage du minerai. Jusqu’à présent, elle utilisait du charbon, mais avec l’augmentation du prix de cette matière, elle est passée au fioul. Et, si le fioul n’était pas de bonne qualité, cela a des conséquences. Mais, ce que j’ai envie que les gens comprennent, c’est qu’on a fait notre travail, on a mesuré, on a vu les données quand elles n’étaient pas normales et on a informé les autorités, l’industriel et le grand public.

La SLN est-elle la seule responsable de ces pics de pollution ?

NJ : C’est la SLN oui, il n’y a aucun doute là-dessus, car le souffre est une signature chimique de la centrale. Ça nous semble assez clair, à 99%, que la SLN est responsable. Et elle ne nous contredit en aucun cas. Certains évoquent l’activité des croisiéristes qui a repris l’an dernier, mais la loi à l’international impose un fioul de grande qualité aux paquebots.

Avons-nous une première tendance pour cette année 2023 ?

NJ : En fin d’année dernière, on a placé des appareils à Nouville car la centrale accostée temporaire (CAT) n’est pas située au même endroit que la SLN. Pour l’instant, les résultats ne sont pas mauvais et on n’a pas de dépassements, même si la semaine dernière, on a eu quelques augmentations de poussière. La SLN a évoqué un problème sur un de ces process censés filtrer les poussières. La pollution de l’air est vraiment due à la SLN, même l’impact routier est limité.

Il y a aussi une pollution au nickel…

NJ : Là, c’est une pollution chronique. On mesure tout le temps beaucoupde ni ckel dans l’air, toujours au-dessus de la norme. Il y a beaucoup d’a priori sur l’origine de ce nickel, on pourrait penser qu’il est lié à l’activité de la SLN mais, dans le Sud, l’activité minière est encore plus importante et on mesure des taux pourtant supérieurs sur Nouméa. A l’heure actuelle, on connaît très peu l’impact sur la santé et c’est difficile d’envisager une étude d’impact sanitaire, car on ne saura jamais si cela provient du nickel qu’on respire, qu’on mange ou qu’on boit. Car il y en partout. On sait qu’on a cette problématique, cette pollution chronique, mais on ne sait pas trop comment agir et quel pourrait être l’impact sur la population.

Si la SLN et Vale sont surveillés, où en sommes-nous pour Koniambo ?

NJ : Concernant le Nord, on travaille avec eux depuis plusieurs semaines. Il y avait trois stations de mesure qui étaient opérées par Environord, sous la tutelle de KNS. Mais KNS s’est conformé à la loi, qui impose la surveillance par un organisme agréé, et Scal’Air est le seul. Je ne pense pas qu’on sortira des résultats fiables avant la fin de l’année, car cela demande environ un an de mesure. Et, en plus, on s’est rendu compte qu’il y avait du matériel qui n’était pas aux normes, du matériel qui ne fonctionnait pas… Il y a d’abord une grosse remise aux normes de toutes les stations, ça prend un peu de temps. Mais, il faut que tout le monde soit traité et surveillé de la même façon, avec la même méthodologie et la même contrainte, c’est important.

Outre vos missions de surveillance et d’alerte, de quelle manière agit l’association pour lutter contre la pollution ?

NJ : Notre dernier rôle, c’est de faire des propositions. On est un peu un outil d’aide à la décision afin de trouver et d’apporter des solutions. Dorénavant, on arrive à prévenir les industriels vingt-quatre heures avant un possible épisode de pollution. Des sanctions existent, mais ce n’est pas à nous de les mettre en œuvre, c’est l’autorité publique qui est compétente sur ça. Malgré tout, on a fait prendre conscience aux autorités qu’il y avait vraiment un souci de pollution et les autorités ont contraint la SLN a baissé la teneur en soufre de son fioul par exemple. Lorsqu’on a démarré l’activité, on avait recensé 112 dépassements en 2008, contre 4 en 2021. On a été moteur.

La station de l’Anse-Vata, fermée en 2022 pour raisons financières, a finalement été rouverte début août. Quel rôle joue-t-elle ?

NJ : C’est une station qui est très importante parce que c’est une station témoin. Dans n’importe quelle méthode scientifique, il est important de pouvoir comparer les données à un témoin. Or, avec cette fermeture, on n’avait plus cela. On a essayé d’expliquer que ce témoin est important, mais ça n’a pas suffi. On y avait par exemple mesuré une pollution au dioxyde de soufre à l’Anse-Vata, sans qu’il n’y ait de pollution ailleurs. Là, on savait que la SLN n’était pas responsable, c’était lié à l’éruption d’un volcan au Vanuatu par exemple. On avait aussi mesuré l’impact des tempêtes de sable en Australie, quand un incendie se déclare… Elle a vraiment son importance. C’est pareil dans le Sud, on est entrain de se battre pour avoir une nouvelle station témoin.

Propos recueillis par Claire Gaveau

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