Dévouée un jour, dévouée toujours

Si on la surnomme « la Mère Teresa de la cité Pierre Lenquette », ce n’est pas un hasard. Figure emblématique du quartier, Irène Mapéri a l’entraide dans le sang.

Elle nous reçoit dans son rez-de-jardin de la cité de Montravel, d’où elle dépasse à peine derrière les piles de vêtements collectés au bénéfice des plus démunis. La figure charismatique du quartier disparaît brièvement, le temps de peser d’énormes sacs de bouteilles et de canettes à recycler que viennent chercher deux femmes. « Cela fait 14 000 points au total. Que voulez-vous en échange ? », demande celle qui vient de fêter ses 70 ans. Née à Ouvéa, sous le patronyme Wadou, Irène a toujours eu le cœur viscéralement accroché à celui des autres. Le jour de l’inauguration de la statue de Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou, sur la place de la paix à Nouméa, elle a les larmes aux yeux. Ce geste salutaire lui rappelle une époque : celle des Évènements pendant laquelle elle accompagnait « les enfants qui faisaient leurs devoirs dans les couloirs et les cages d’escalier de Pierre Lenquette, dans le noir, parfois avec un enseignant bénévole. Nos enfants que nous avions sacrifiés durant ces Événements au nom de mots d’ordre politiques : ‘’Boycotter l’école de la France, ne pas envoyer les enfants à l’école’’ »

Une Kanak non indépendantiste

« Irène a eu le courage d’affirmer son opposition à l’indépendance en plein cœur d’une cité indépendantiste », commente l’ancien homme politique Gaby Briault, dont elle a rejoint la liste lors des élections municipales de 2014. Cet amour de la France, la Mélanésienne le tient de son père, « un gaulliste de la première heure, ancien combattant et premier infirmier kanak de la SLN », raconte-t-elle. L’école de la République lui tient tant à cœur qu’en 1990, Irène fonde l’association Pomme Cannelle avec d’autres parents de la cité. Des professeurs bénévoles assurent gratuitement des études surveillées tous les soirs de la semaine. « L’association a œuvré pendant plus de 20 ans, et la Fédération des œuvres laïques nous a remis à titre gracieux ses locaux à Montravel pour le bon fonctionnement de ce projet associatif », se souvient Irène. Une FOL dont elle prendra les rênes de 2000 à 2005, après avoir créé le premier comité de quartier de la ville de Nouméa en 1995. « Je n’ai pas vu le temps passer de 1987 à 2005, raconte-elle. Il fallait redonner un souffle de vie à ce quartier populaire dans la ville. C’était mon engagement personnel, bénévole auprès de cette population sacrifiée, ces cinquantenaires qui aujourd’hui ne savent pas lire et ont été privés des apprentissages scolaires ».

Soif de connaissances et de transmission

Celle qui est passée sur les bancs de l’école à Nouméa le sait bien. L’enseignement est un puits de connaissances. Enfant, Irène fréquente successivement l’école Suzanne Russier, l’école de l’orphelinat et le collège Baudoux qui deviendra Lapérouse. Bonne élève, elle apprend le latin, le grec qu’elle abandonne, l’espagnol et l’anglais. « C’est le choix des langues qui m’a permis de connaître de très bons professeurs. Ils nous ont offert des opportunités et des ouvertures ». Elle se remémore cette époque avec émotion : « c’était mixte, il y avait des Vietnamiens, des Japonais et des Mélanésiens, et c’était bien cadré. On avait des cours de couture, de musique, de chant, de dessin… on apprenait un tas de choses ». La jeune fille se marie en 1971 avant de passer son baccalauréat. Six enfants naîtront de cette union. Pour autant, la mère de famille travaille et continue de s’investir dans le tissu associatif. « Ce qui m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui, c’est le pensionnat Jeanne Albret et le scoutisme au sein des unionistes de France », témoigne-t-elle. Des valeurs de partage et d’entraide qui animent les camps itinérants qu’elle mettra en place plus tard pour réinsérer les prisonniers du camp Est. Aujourd’hui, Irène est à la retraite mais elle n’en a pas pour autant baissé les bras. La résidente de Pierre Lenquette poursuit bénévolement ses activités de charité et de tri sélectif au bénéfice des plus démunis… quand elle n’est pas en train de s’occuper d’un projet qui lui tient particulièrement à cœur : transformer l’ancienne gare routière de Montravel en un marché vivant « qui rassemble les Calédoniens dans un esprit de partage et d’échange ». Un marché soutenu par la province Sud dans le cadre de son budget participatif 2022, dont la 2e édition est prévue ce week-end. Aujourd’hui, la transmission lui tient à cœur plus que tout. « Si vous voulez un avenir, conjuguez le passé avec le présent pour avoir un avenir au plus que parfait », conseille Irène aux jeunes qui croisent son chemin.

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