« La justice doit passer, et elle passera »

Cinq jours après les violences ayant secoué la SLN, deux hommes ont croisé un juge hier matin, avant de quitter le Camp-Est.

Salle comble au tribunal correctionnel de Nouméa. Parmi les dossiers jugés, c’est le premier, et de loin, qui a attiré le plus de monde. Deux cousins, travaillant dans la sous-traitance (notamment pour la SLN), étaient convoqués : l’un de 29 ans, né à Wallis et habitant Kaala-Gomen, l’autre de 65 ans, né à Nouméa et vivant au Mont-Dore, père de trois enfants et président du syndicat « rouleurs pays ». Seul le premier s’est présenté à l’audience, le plus âgé, au dossier médical chargé, étant absent car hospitalisé depuis la nuit de samedi et dimanche. Il devait quitter l’hôpital hier en milieu de journée.

Les deux hommes ont été interpellés jeudi soir, à la suite de violences ayant éclaté à l’entrée de l’usine SLN, à Doniambo, après plusieurs jours d’une négociation infructueuse. Il leur est reproché, entre autres, d’avoir détruit un poste de sécurité, un carport, deux véhicules et une chargeuse, à l’aide d’engins de chantier, dans un contexte d’affrontements avec d’autres employés du secteur minier. En langage juridique, cela donne deux chefs d’accusation : violence avec usage ou menace d’une arme sans incapacité de travail, et destruction de bien d’autrui commise en réunion. Ils risquent plusieurs années de prison. Le montant des dégâts a été chiffré, par la SLN, à 250 millions de francs. A cette somme, il convient d’ajouter une perte d’exploitation estimée à 200 millions de francs.

Report au 24 octobre

Placés en garde à vue dans la foulée des heurts, les deux prévenus ont été envoyés, samedi, en détention provisoire au Camp-Est, en attendant leur comparution immédiate d’hier matin. Celle-ci a commencé en retard et a duré une bonne heure, dans un tribunal surveillé par des gendarmes et des policiers en nombre.

L’avocat de la défense, Fabien Marie, a, comme c’était attendu, demandé un report de l’audience, afin de préparer la défense de ses clients. Après délibération, le tribunal a accepté, proposant la date du 19 septembre. L’avocat de la défense étant indisponible ce jour-là, ce sera finalement le 24 octobre, à partir de 8 h. Jusque-là, les deux hommes seront dehors, puisque leur maintien en détention provisoire, ce que souhaitait le procureur de la République, Hervé Ansquer, n’a pas été confirmé par le tribunal, présidé hier par Hélène Gaillet : ils bénéficient d’un placement sous contrôle judiciaire, assorti d’une interdiction de se mettre en relation avec les victimes, d’une interdiction (jusqu’à nouvel ordre) de travailler sur un site minier, et une obligation de pointer une fois par semaine à la gendarmerie.

Pas de risque

De quoi satisfaire leur avocat, qui arguait qu’il n’y a « pas de risque de persistance et de renouvellement de trouble à l’ordre public », étant donné que le calme est revenu et que les camions stationnés devant la SLN sont partis. Autre argument avancé par l’avocat : « il n’y a pas de risque qu’ils quittent le territoire, parce qu’ils y sont bien implantés, et il n’y a pas de risque qu’ils tentent de faire pression sur les victimes ». Ainsi, toujours Maître Fabien Marie, « la justice doit passer, et elle passera, sereinement, calmement », ses clients « seront jugés normalement » dans deux mois et demi, quand l’émotion sera retombée, que « la cabale médiatique des quatre derniers jours » aura cessé.

Cette histoire, liée au placement en liquidation judiciaire de la Société de navigation et roulage de Poum (Sonarep), qui a abouti aux violences de la semaine dernière, « c’est un conflit clanique, politique, qui nous dépasse », avec « une opposition entre la SLN, le président de la province Nord et la Sonarep », estime l’avocat de la défense, rappelant au passage que si ses clients ont eu un mauvais comportement, qui doit être sanctionné, celui-ci ne fut que le fruit d’une provocation extérieure.

Anthony Fillet

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