Rencontre avec… Jérôme Fabre

Le discours du président de la République, le 26 juillet, comportait un large chapitre sur le nickel. Il a notamment appelé les industriels calédoniens à « bouger les équilibres de production ». Les commentaires du directeur général de la SLN, de retour sur le Territoire depuis deux mois.

Le président a laissé entendre qu’il souhaitait réorienter la production vers davantage de nickel batterie. Qu’en pensez-vous ?

Jérôme Fabre : Aujourd’hui, il y a tout un buzz sur le marché batterie qui a connu un développement spectaculaire. Ce marché a été multiplié par 10 en cinq à six ans, tiré par les enjeux liés à la transition énergétique. Il représente 12 % de la demande. Mais n’oublions pas que 88 % du nickel est utilisé pour faire soit de l’inox, soit des alliages à base de nickel. Le nickel métal est utilisé dans la santé, la sécurité alimentaire, l’architecture, l’énergie, le transport du GNL, l’autonomie stratégique de nos pays… Ce sont des besoins fondamentaux de l’humanité. C’est important pour nous de le rappeler. D’ailleurs, on ne souhaite ne pas opposer les segments (le nickel batterie versus le nickel métal, ndlr).

Si cette voie est suivie, il s’agira pour la SLN de relancer les mattes de nickel, à l’arrêt depuis 2016. Cela serait-il faisable de relancer cette production ?

JF : L’outil industriel existe toujours donc c’est une question pertinente. La réponse va dépendre des résultats de l’étude technico-économique approfondie qui va être menée.

Le président souhaite également que le nickel calédonien vienne « sécuriser les approvisionnements de l’Union européenne », alors qu’il est aujourd’hui très largement vendu à l’Asie. Qu’en pensez-vous ?

JF : Cet axe pose la question de la réorientation de nos flux davantage en faveur de l’Union européenne. Nous avons déjà des clients européens de la sidérurgie inox donc cela ne pose pas de problème, mais on pourrait voir ce qu’on peut vendre plus en Europe.

Le président a aussi appelé les métallurgistes à produire « à capacité nominale ». Quelle est la situation de la SLN ?

JF : Historiquement, la SLN produisait à capacité nominale. On a eu un petit coup de mou pendant 2 ans, mais depuis le début de l’année, la production minière est revenue à des niveaux historiques. La météo aide. De quoi envoyer aussi plus de minerai à Doniambo.

La production métallurgique est donc aussi en hausse ?

JF : Oui. Après un 1er semestre mou, du même acabit que les 2 précédentes années, juin a été un mois de « remise en jambe », et en juillet notre capacité nominale a été retrouvée : on a produit plus de 4 700 tonnes de ferronickel, ce qui ne nous était pas arrivé depuis janvier 2019. Il faut faire la même chose en août.

Le rapport de l’inspection générale des finances suggère aussi de trouver le bon équilibre entre la métallurgie locale et l’export.

JF : La SLN a toujours eu cet équilibre entre la métallurgie et l’export depuis sa création en 1880. Ces dernières années, on était plutôt dans un souhait de développer l’export – une activité rentable – pour compenser les pertes de l’usine. C’est pour cela qu’on avait fait des demandes d’autorisation complémentaires. Aujourd’hui, on les a (pour 6 millions de tonnes, ndlr), on ne demande rien de plus. On est plutôt dans la logique de gérer l’optimisation entre notre usine et l’export, en fonction des prix de marché. On va moins « s’exciter » sur l’export car on commence à avoir des doutes sur la capacité du marché à encaisser d’énormes volumes.

Reste la question des coûts de l’énergie pointée du doigt par le président…

JF : Oui, car le premier facteur de surcoût, c’est l’énergie. On l’achète 20 francs le kWh, soit 3 à 4 fois plus cher que les Chinois et les Indonésiens. C’est un énorme désavantage. Et c’est là qu’on est très satisfaits du discours qui a focalisé dessus. Si l’État nous aide, comme il l’a annoncé, cela va nous changer la vie. On ne demande rien de plus que d’avoir une égalité de traitement avec nos concurrents chinois installés en Indonésie.

Globalement, comment voyez-vous la suite ?

JF : Je pense que notre intérêt est de répondre à cet appel du Pacte de Nouméa et d’embarquer dans cette dynamique que l’État propose. A la SLN, nous sommes dans une logique constructive et collaborative pour contribuer à la voie qui – espérons-le – sera de sauvegarder les emplois industriels des Calédoniens. C’est en tout cas ce que l’on souhaite.

Propos recueillis par Béryl Ziegler

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