Rencontre avec… Louis Lagarde

Maître de conférences en archéologie de l’Océanie à l’UNC, Louis Lagarde nous entraine dans le passé le plus ancien de la Nouvelle-Calédonie.

Qu’est-ce qu’un archéologue cherche en Nouvelle-Calédonie ?

Louis Lagarde : L’archéologie, c’est une science qui cherche à définir comment l’être humain a équipé et transformé le monde. Dès lors qu’il existe des populations humaines en Nouvelle-Calédonie depuis trois millénaires, il faut inventorier les traces que ces populations ont laissées. Ça peut être des aménagements comme des tertres de cases, mais plus largement c’est documenter comment l’être humain a vécu, organisé son habitat, comment il s’est alimenté, quels outils il a utilisés, comment il ornait son corps ou traitait ses morts. Tout cela concerne l’archéologie.

C’est donc ce que vous cherchez, mais que trouvez-vous ?

LL : En Calédonie, il y a des traces depuis 3000 ans, depuis l’arrivée des premières pirogues, avec des gens qui apportaient avec eux un type de poterie particulier, célèbre aujourd’hui, les poteries Lapita. Il y a donc ces céramiques, mais il y a aussi tout le bagage technologique autre, les hameçons, les lames de haches, les parures. Et tout ça se transforme au cours du temps, car les gens s’installent, s’enracinent, évoluent, transforment leur société, et donc ce qu’ils fabriquent. On trouve donc d’autres types de poteries, d’outils, de nouvelles coutumes funéraires et on cherche à les documenter de la manière la plus extensive possible.

Commence-t-on à avoir une idée précise du peuplement et des évolutions ?

LL : Christophe Sand qui a passé sa thèse il y a une trentaine d’années, a été le premier à modéliser la préhistoire de la Nouvelle-Calédonie sur le temps long. C’est-à-dire de l’arrivée des premières pirogues au contact occidental et ses conséquences. Il a été le premier à créer une grande fresque en découpant ce temps de 3000 ans en trois fois 1000 ans, avec des transformations, des mutations. Arrivés en pirogue, les gens finissent en effet par s’installer à l’intérieur des terres, voire dans les hauteurs de la Chaîne, dans un processus progressif. Depuis, on a complété ce modèle en découvrant de nouveaux sites, de nouvelles traditions, en mettant en évidence des réseaux d’échange à l’échelle de l’archipel et de la région, en montrant que les gens vivaient dans un espace maritime connecté. Ce n’est pas étonnant, car quand on maitrise la pirogue, on maitrise la navigation, et donc les échanges.

On peut imaginer qu’il reste des zones d’ombre, des mystères…

LL : Heureusement sinon je n’aurais plus de travail (rires). Mais oui, on connait très mal, entre autres, ce qui se passe au premier millénaire après Jésus-Christ. Pour le peuplement initial de l’archipel, c’est-à-dire l’arrivée des premières pirogues au temps du Lapita, beaucoup de travail a été mené. Schématiquement, dans les niveaux profonds de ces sites, il n’y a rien et tout d’un coup, on note les traces d’activités humaines liées au peuplement. De l’autre côté de cette grande histoire, il y a les sites récents, ceux d’après l’an 1000, avec les grandes tarodières, les hameaux kanak, et pour étudier ces sites on a l’apport de la tradition orale, des généalogies. On se sert des collectes anciennes, comme celle des missionnaires ou des premiers ethnologues, mais aussi des collectes actuelles de l’ADCK. Mais entre ces deux périodes bien étudiées, il y a ce millénaire, entre 0 et 1000 après Jésus-Christ, pour lequel il n’y a pas encore eu assez de fouilles, et pour lequel les traditions orales sont difficilement exploitables, parce qu’on arrive aux limites de la mémoire humaine. Donc ce millénaire médian reste un peu obscur, non pas parce qu’il l’était, mais parce que nous ne parvenons pas encore à y faire la lumière.

En quoi l’archéologique peut participer au travail de mise en œuvre d’une histoire commune ?

LL : Un aspect important de l’archéologie c’est que les vestiges qu’on retrouve sont « impartiaux » par nature. Lorsqu’on est historien et qu’on travaille sur les archives coloniales, on peut et on doit se poser des questions sur la fiabilité des sources qu’on utilise. Quand on est ethnologue, on est face à des problèmes similaires puisque les informateurs peuvent orienter leurs témoignages, en fonction de ce qu’ils tiennent ou non à dire. La trace archéologique elle, peut être partielle, ténue, fragmentaire… mais au moins elle dit toujours quelque chose de neutre. L’archéologie, parce qu’elle regarde dans les poubelles de l’humanité, est une science du quotidien, de l’usuel, du banal, de l’ordinaire… et donc de la réalité vécue. Et ça c’est important puisque ça permet d’ancrer le débat dans des choses concrètes.

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