Rencontre avec… Samuel Ukeiwé

Samuel Ukeiwé, chargé de Mission à la DPJEJ (Direction de la Protection Judiciaire de l’Enfance et de la Jeunesse). Il est secrétaire de l’association La Monique. Pour lui, le souvenir de cette disparition doit devenir un élément fédérateur.

Samuel Ukeiwé : Mon engagement vient de ma propre curiosité. Je suis très curieux vis-à-vis de l’histoire. J’ai grandi avec ma grand-mère qui vivait chez nous à la maison et dont un cousin qui avait disparu lors du naufrage de la Monique. Donc je l’ai beaucoup questionné sur ce mystère, sur cette disparition. Et c’est ce qui m’a donné l’envie d’en savoir plus sur l’histoire de La Monique. L’an dernier, lorsque j’ai commencé à m’engager au sein de l’association, je me suis vite rendu compte que la Monique concerne toutes les populations du pays. C’est beaucoup d’histoires qui nous rassemblent. Je suis friand de ces programmes et de ces activités qui peuvent rassembler les Calédoniens. C’est 15 ou 20 dernières années, nous sommes restés sur des distanciations entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre, mais le pays a besoin de projets comme La Monique. Lorsque nous avons mis en avant La Monique, les familles que nous avons rencontrées et avec qui nous avons travaillé, elles se sont rendues compte que cette douleur était partagée par des familles européennes, par des familles kanak, par tout le monde. Ce qui est très fort, c’est que c’est une histoire qui rassemble autour de la douleur, émotionnellement c’est très fort. Je me suis donc lancé parce que la Monique est un sujet qui nous rassemble.

Comme vous le dites, la Nouvelle-Calédonie a besoin de moments pour bâtir son histoire commune, des moments que nous avons négligés pendant longtemps, et La Monique en est un.

SU : Il faut créer ces tremplins qui rassemblent, parce que l’on voit que le climat politique est tendu. On est toujours divisé en deux parties alors que depuis trente ans, nous étions appelés à construire une seule identité.

Alors comment faire de la Monique, un élément fédérateur ?

SU : C’est très précisément ce que nous avons voulu mettre en avant. Et on se rend compte que ça y est ! On ne contrôle plus rien au niveau de l’association ! Le week-end dernier, j’étais à Ouvéa, je me rends compte que les gens chantent la Monique, racontent la Monique et dans le Nord, c’est pareil, la Monique arrive à fédérer.

Que voudriez-vous qu’ils ressortent de cette semaine de commémoration ?

SU : Que l’on se souvienne non seulement de l’histoire de la Monique, mais de toutes les petites histoires qui vont avec. Je souhaite surtout que cela aide les Calédoniens à comprendre l’autre. On a toujours tendance à juger l’autre, celui qui n’est pas pareil que nous, mais lorsque l’on rentre dans l’histoire de la Monique, on entre dans l’histoire des personnes, dans leur vécu. Avec les réseaux, on a tendance à imposer des visions globales, mais chaque petite histoire est importante pour comprendre celui qui est en face de nous.

D’un point de vue personnel, qu’est-ce qui vous émeut dans le drame de la Monique ?

SU : C’est le fait que l’on ait mis tous les moyens possibles pour la retrouver, et on ne l’a jamais retrouvé. En faisant le tour des aires, je me suis conforté au fait que dans notre culture, nous avons des croyances sur les différents mondes, le monde des esprits, le monde de l’invisible. Ce qui montre les limites de l’homme. En 2011, en 2019, il y a eu des grandes opérations pour retrouver La Monique, et on n’a rien retrouvé, pas même un morceau, un tonneau. Il y a donc des endroits où l’homme peut être limité. Ce n’est pas un naufrage puisque l’on n’a pas d’éléments tangibles qui nous prouvent qu’il y a eu naufrage, en revanche, c’est un mystère.

Une fois que cette semaine du souvenir se sera passé, qu’allez-vous faire au sein de l’association ?

SU : Je suis aussi écrivain, mais aussi chanteur et musicien. Je transmets donc cette histoire par la musique. Et j’en profite pour faire passer des messages. Et ces messages passent, sans doute parce que les jeunes sont plus aptes à les entendre. Le gros de mon message, au travers de la musique, c’est d’expliquer comment la Monique peut unir l’ensemble des Calédoniens. On espère que la Monique va susciter cet élan-là, c’est un message d’espoir. Les jeunes sont fatigués de voir les redondances des discours politiciens, ils ont l’impression qu’au pays on a perdu du temps.

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