Les deux jeunes hommes, soupçonnés d’avoir battu à mort Joëlla, une femme transgenre de 45 ans, dans le quartier de Saint-Quentin, ont été mis en examen et incarcérés au Camp-Est. Ce meurtre sordide, dont le mobile n’a pas encore été clairement établi, a suscité une vague d’indignation sur le territoire.
Une histoire effroyable qui secoue le pays et bouleverse la communauté transgenre. Joëlla, femme transgenre âgée de 45 ans, a été battue à mort à coups de poing et de pied au cœur du quartier de Saint-Quentin, à Nouméa, dans la nuit de samedi à dimanche. Son corps a été découvert inanimé dans la rue du Maréchal-Lyautey. La victime n’a pas survécu à ses blessures : un « volumineux enfoncement facial » et de « multiples écoulements sanguins au niveau du visage », selon le parquet, lui ont coûté la vie.
La mort de Joëlla a suscité une vive émotion dans l’opinion publique et une forte inquiétude au sein de la communauté transgenre. Depuis la révélation de ces faits, de nombreux messages ont circulé sur les réseaux sociaux pour rendre hommage à la victime et, plus largement, dénoncer les violences dans la société notamment envers les personnes transgenres. « Vous n’avez pas seulement ôté une vie. Vous avez arraché une figure du volley-ball calédonien. Une sportive. Une femme. Une personne respectée. C’est une perte irréparable », pouvait-on lire parmi les nombreux témoignages de soutien publiés sur les réseaux sociaux. L’association Rainbowlution NC, qui défend les droits des personnes LGBTQIA+, a également condamné « avec la plus grande fermeté cet acte barbare. Aucune haine, aucun préjugé, aucune idéologie ne justifie qu’une vie soit arrachée ». La chanteuse Tyssia a également exprimé son indignation face à « des violences qui dépassent l’entendement […] L’alcool n’excuse pas la violence. Une proposition, réelle ou fantasmée, n’excuse pas la violence. C’est un crime qui révèle une violence brute, nourrie par la haine et le refus de l’autre ».
Une mise en scène sordide
Trois jours après les faits, l’enquête apporte les premiers éléments qui éclairent cette procédure criminelle. Une heure après la découverte du corps de Joëlla, deux individus fortement alcoolisés et errant dans le quartier avaient été interpellés par les policiers nationaux. Ils présentaient des traces de sang sur les pieds, ce qui a attiré l’attention des enquêteurs. Après 48 heures de garde à vue, au cours desquelles ils ont reconnu les violences, les deux suspects, âgés de 19 et 24 ans, ont été présentés à un juge d’instruction qui leur a notifié leur mise en examen pour homicide volontaire (meurtre).
Selon le récit de la soirée qu’il a fait aux enquêteurs, l’un des individus a raconté que Joëlla lui avait proposé un acte sexuel alors qu’ils venaient de se croiser dans la rue. « Il avait alors demandé à la victime de l’attendre sur un talus, le temps d’aller chercher un cousin », précise Yves Dupas, procureur de la République. Le déchaînement d’une violence extrême intervient à leur retour : les deux jeunes ont tabassé à mort la quadragénaire durant d’interminables minutes. Dans une mise en scène sordide, ils ont ensuite déshabillé Joëlla, qui sera retrouvée nue avec des vêtements déchirés, avant de lui voler ses chaussures.
Un meurtre transphobe ?
Les investigations sont désormais pilotées par un juge d’instruction dont la principale tâche sera de déterminer « si le passage à l’acte criminel est lié ou pas à l’orientation sexuelle de la victime ». « L’hypothèse d’un meurtre à caractère transphobe est aujourd’hui privilégiée. Les faits dont Joëlla a été victime relèvent d’un acte transphobe, et non homophobe », a affirmé l’association Rainbowlution NC.
À ce stade de la procédure, la circonstance aggravante, à savoir que les faits auraient été commis à raison de l’orientation sexuelle de la victime, n’a pas été retenue ni par le parquet – dans son réquisitoire introductif – ni par la juge d’instruction. L’un des auteurs a admis « qu’il avait frappé la victime pour qu’elle cesse de proposer des faveurs sexuelles à des personnes dans le quartier », a révélé Yves Dupas.
Le meurtre est passible de trente ans de réclusion criminelle devant la cour d’assises. Lorsqu’il est aggravé en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre, il est puni de la réclusion criminelle à perpétuité.




