Un sans-abri poignardé au thorax en centre-ville de Nouméa

Une altercation entre deux SDF a dégénéré en agression au couteau, samedi, à la gare de Tanéo, à Nouméa. La rixe, sur fond de différend financier, a été particulièrement violente. Jugé en comparution immédiate, l’auteur des coups a été condamné à quatre ans de prison ferme. 

Le différend a viré au bain de sang. Samedi, une querelle a éclaté entre deux personnes sans domicile fixe à la gare de Tanéo, en centre-ville de Nouméa. Selon les conclusions de l’enquête, l’un des deux protagonistes accusait l’autre de lui avoir dérobé 5 000 francs quelques jours auparavant. Muni d’un câble de vélo, il s’est montré de plus en plus menaçant face à son compagnon d’infortune, exigeant d’être remboursé sur-le-champ. Jugé en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Nouméa, ce dernier a relaté la suite des faits. « C’est lui qui est venu me voir. C’est lui qui m’a agressé en premier. Il me disait que je l’avais volé. Mais pas du tout. Je n’ai jamais entendu parler de cette histoire d’argent. Il est vraiment bizarre ». Ce SDF, âgé de 36 ans, assure avoir été pris de panique. « Il voulait me frapper avec son câble. J’ai sorti un couteau. Je m’en sers pour couper le pain et manger des sardines ». Au cours de l’altercation, le prévenu se serait senti acculé. Il porte alors un premier coup de couteau qui sectionne le tendon d’un doigt de la victime qui est déséquilibrée. Le trentenaire revient à la charge. Le second coup atteint le thorax, occasionnant une plaie de trois centimètres.

Un coup porté « dans une zone létale »


Une patrouille de la police nationale est aussitôt intervenue sur place. Les fonctionnaires ont alors prodigué les premiers soins avant son évacuation en urgence vers le Médipôle par les pompiers. L’auteur des coups, lui, est interpellé à proximité, près du nakamal du Cinécity. Poursuivie dans un premier temps pour tentative de meurtre, la procédure a finalement été requalifiée en violences volontaires. « Le second coup a été porté dans une zone létale », observe Lucie Delage. La procureure de la République est persuadée que le prévenu était animé d’« une volonté notoire de blesser ». Condamné à vingt et une reprises depuis 2004, le trentenaire enchaîne les allers-retours en prison. Il avait été libéré du Camp-Est au début du mois de décembre. Une « spirale de la délinquance » que le parquet explique en partie par un parcours marqué par une « grande précarité ». Ce constat n’empêche pas Lucie Delage de requérir la sévérité du tribunal – quatre ans de prison ferme – parce que cet homme « représente un danger pour l’ordre public », notant au passage que « de plus en plus de personnes en situation d’errance à Nouméa sont contrôlées avec des armes blanches ». La défense, sans invoquer la légitime défense, a soutenu que la victime avait initié la confrontation. « La victime a été la première à le chercher, armée d’un câble. Mon client n’a fait que se protéger », a résumé son avocate, Me Caroline Marcou-Dorchies. Dans le box, l’homme jure qu’il n’avait pas l’intention de « tuer » le sans-abri mais simplement de « lui faire peur » et de le « faire partir ». Après en avoir délibéré, le tribunal correctionnel l’a condamné à quatre ans de prison ferme. La peine a été assortie d’un mandat de dépôt.

 

Jean-Alexis Gallien-Lamarche

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