Manuel Valls : « L’UC doit revenir à la table des discussions »

À la suite de la publication de sa tribune dans Libération, nous avons sollicité l’ancien Premier ministre et ministre des Outre-mer, pour des éclaircissements, des précisions, son avis.

La voix du Caillou : Dans votre tribune, vous exhortez les parlementaires à voter en faveur de la loi constitutionnelle, étape cruciale dans la mise en œuvre de Bougival. Mais ce vote est très incertain. Selon vous, qui convaincre et surtout comment convaincre ? 

Manuel Valls : J’ai évidemment attendu la fin des discussions qui durent depuis des semaines. Je considère que l’exécutif, l’État comme on dit, a perdu du temps depuis mon départ du gouvernement avec notamment le report de la réforme constitutionnelle et surtout l’idée d’une consultation préalable qui était une très mauvaise idée. Ces mois perdus sont problématiques. Je reconnais que la tâche est difficile à la fois pour l’État, pour le Parlement et pour les partenaires calédoniens. La ligne de crête est étroite. Je ne dis pas seulement dans Libération qu’il faut approuver la démarche. Je le dis en responsabilité : je suis celui qui a permis l’accord de Bougival avec l’ensemble des partenaires calédoniens donc je ne vais pas me renier. Ce n’est pas parce que je ne suis plus au gouvernement et qu’on me l’a fait quitter dans de mauvaises conditions que je vais me retourner contre l’œuvre, entre guillemets, que j’ai moi-même contribuée à bâtir. Je suis cohérent.

« Il n’y a pas d’autre voie »

LVDC : Vous réaffirmez qu’il n‘y a pas d’autre issue pour la Nouvelle-Calédonie que Bougival. « L’impasse ne saurait constituer un avenir », dites-vous. Mais n’y en a-t-il pas qui cherchent à profiter politiquement de cette possible impasse ? 

MV : Je ne sais pas. Mais je dis aussi qu’il y avait une autre voie et c’est Deva. Je ne dis pas cela pour magnifier l’idée d’un État associé dont je vois bien les débats que cela pouvait créer ; mais Deva avait un avantage : c’est que c’était un statut définitif. Encore fallait-il l’adopter mais je parle d’une manière théorique. Il avait l’avantage d’être un statut définitif et scellait dans le marbre, dans la Constitution, le rapport entre la Nouvelle Calédonie et la France dans le cadre de ce que l’on appelle un État associé. Bougival garde un processus évolutif avec son aspect incertain et le transfert ou pas des quatre compétences régaliennes. Mais c’est le fruit du compromis et des discussions de juillet dernier. C’est pour ça que je crois qu’il n’y a pas d’autre voie. Mais pour le faire approuver, il faut à la fois l’approbation du Congrès et celle des Calédoniens. Je ne dis donc pas seulement qu’il faut l’approuver, ça c’est vrai, mais je dis qu’il faudra sans doute que les députés et les sénateurs précisent, éclairent, modifient un certain nombre d’aspects du texte si on souhaite qu’il soit adopté par le Congrès, c’est-à-dire que la réforme constitutionnelle obtienne une majorité qualifiée, et si on souhaite aussi, objectif difficile je le reconnais, que le FLNKS et que l’UC, reviennent dans le jeu des discussions et ne soient pas uniquement dans une posture de rejet. Je ne suis ni sénateur ni député, je ne suis pas au gouvernement mais les parlementaires auront évidemment un rôle extrêmement important et il est important aussi que le gouvernement mette sur la table, comme je m’y étais engagé, la loi organique pour que les partenaires calédoniens et les parlementaires aient tous les éléments en mains pour pouvoir choisir, voire amender le texte fondamental.

LVDC : Dans cette tribune, vous êtes critique à l’encontre des Loyalistes comme du FLNKS. Toutefois, les uns ont signé Bougival et se tiennent à leur signature, tandis que les autres ont renié leur signature et se sont « isolés » du dialogue. Vous ne semblez pas prendre en compte ce « deux poids deux mesures », pourquoi ? 

MV : Je ne partage pas totalement cette analyse de ma tribune. D’abord, à Bougival, tous les protagonistes qui ont signé ont été courageux et responsables. J’ai regretté et je regrette toujours que le FLNKS et l’UC aient désavoué leurs délégations et se mettent en-dehors du processus de discussions. Ne pas venir à Paris à l’invitation du président de la République et de la ministre, c’est toujours une erreur. Je suis convaincu qu’il y a beaucoup de cadres de l’Union calédonienne qui pensent qu’il faut être dans la discussion. C’est tellement vrai que les sénateurs et députés indépendantistes participeront de cette discussion au Sénat et à l’Assemblée nationale. Par la force des choses, ils participeront. Évidemment, les Loyalistes, le Rassemblement, l’Éveil océanien, Calédonie ensemble et, bien sûr, les indépendantistes de l’UNI-Palika ont confirmé leur engagement et leur signature il y a quelques jours à l’Élysée et il faut s’en féliciter. Je dis uniquement qu’il y a un premier sujet d’attention qui concerne la question de l’hyper provincialisation. Ce mot n’est pas dans le texte mais on voit à travers la question de la fiscalité que c’est un sujet compliqué qui doit être bien traité. Il y a des risques sur ce sujet-là et j’avais dit dès janvier 2025 que l’unicité de la Nouvelle-Calédonie ne pouvait pas être mise en cause, notamment à travers la question fiscale. Il y a un deuxième sujet qui doit être bien traité par la loi organique comme par la loi fondamentale de la Nouvelle-Calédonie qui est la problématique du transfert des quatre compétences régaliennes : Pour chacune d’entre elles il faut que le Congrès s’exprime à la majorité qualifiée et que les Calédoniens donnent leur avis. Que se passe-t-il si les quatre compétences sont transférées et que se passe-t-il si elles ne le sont pas ? Ces débats ont eu lieu à l’Élysée et à Oudinot. Mais sans doute le constituant voudra-t-il y voir un peu plus clair.

Ce contenu est réservé aux abonnés.

Connectez vous pour y accéder !

Propos recueillis par notre correspondant
Jean-Marc Chevauché 

Fil d'actualité

Jacques Lalié : pourquoi la Cour de cassation a annulé sa condamnation

Un an et demi après la condamnation de Jacques...

Le charme des îles

La saga Lalié, c’est quelque chose quand même ! Condamné,...

Le dessin du jour #872

Consultez en ligne le dessin de l'édition du 4...

La voix du Caillou #872

Consultez en ligne l'édition du 4 juin 2026 de...

L’Adie part en campagne pour l’entrepreneuriat des femmes

Depuis lundi et jusqu'à vendredi, l'Association pour le droit...

Newsletter

Inscrivez vous pour recevoir chaque semaine notre newsletter dans votre boîte de réception.

Jacques Lalié : pourquoi la Cour de cassation a annulé sa condamnation

Un an et demi après la condamnation de Jacques Lalié à un an de prison avec sursis et à deux ans d’inéligibilité assortis de...

Le charme des îles

La saga Lalié, c’est quelque chose quand même ! Condamné, inéligible, puis éligible, puis inéligible, puis finalement éligible, un sacré yoyo juridique dans lequel Jacques Lalié...

Le dessin du jour #872

Consultez en ligne le dessin de l'édition du 4 juin 2026 de votre quotidien "La Voix du Caillou". Notre avenir s'écrit au quotidien…