Les partenaires sociaux veulent se faire entendre

La nuit dernière, les groupes politiques, sauf le FLNKS, se sont retrouvés à l’Élysée pour une réunion de la plus haute importance. A la veille de ce conclave, les partenaires sociaux ont souhaité alerter le président de la République.

Organisations patronales et syndicats de salariés ont adressé un courrier commun au chef de l’Etat. Une missive signée par Mimsy Daly (Medef-NC), Christophe Dauthieu (CPME-NC), Xavier Benoist (Feinc), Jean-Louis Laval (U2P-NC), Alexis Falematagia (Usoenc), Jean-Pierre Kabar (Cogetra), et Christophe Coulson (UT-CFE-CGC). Tout en rappellant qu’aucun redressement ne sera possible sans un accord institutionnel préalable, ils alertent le président de la République sur la situation économique et sociale du territoire et demandent que des décisions soient prises rapidement.

Une urgence sociale, économique et humaine

« La situation économique et sociale, écrivent-ils, atteint un niveau de gravité sans précédent », et les signataires font le détail en précisant qu’à ce jour « aucun signe d’amélioration n’est perceptible pour 2026 ». Bien au contraire, « des entreprises ferment, des emplois disparaissent, des compétences s’éteignent et des filières entières déclinent. Ces dommages deviennent irréversibles. Cette situation crée un sentiment d’abandon et nourrit une inquiétude grandissante quant à l’avenir du territoire. L’urgence n’est pas seulement institutionnelle ou politique : elle est avant tout sociale, économique et humaine ». Et de signaler également que les régimes sociaux sont au bord de la rupture. Ainsi, écrivent-ils, « la caisse de retraite du secteur privé ne pourra plus verser les pensions au-delà du mois de mai. Le régime de couverture santé (RUAMM) pourrait se retrouver en défaut de liquidités d’ici la fin du premier semestre ». Sans oublier le nickel pour lequel « des décisions doivent être prises dans les prochaines semaines pour définir un avenir soutenable et crédible à cette industrie, faute de quoi les repreneurs se détourneront ».

« Le moment exige désormais des résolutions »

Apportant leur soutien au Pacte de refondation proposé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, organisations patronales et syndicats de salariés appellent « à la responsabilité des dirigeants politiques locaux. À défaut d’un accord rapide entre eux, le territoire s’installera dans une spirale de déclin dont il sera très difficile de sortir ». Mais ils insistent surtout sur la nécessité de finaliser les travaux engagés, réclamant par là-même la poursuite du processus de l’accord de Bougival. Même s’ils regrettent « que les partenaires sociaux ne sont plus associés aux discussions à Paris », ils précisent réaffirmer « notre attachement à une méthode fondée sur le dialogue, la responsabilité et la mise en Å“uvre effective ». Et les signataires soulignent au chef de l’Etat que « le moment exige désormais des résolutions, un cadre juridique précis et une mise en Å“uvre efficace dans les meilleurs délais ». Dans ces conditions, patronat et syndicats ne font pas mystère que pour eux un accord institutionnel est le préalable au redressement. « Nous rappelons enfin qu’aucun redressement économique sérieux et durable n’est possible sans stabilité institutionnelle, affirment-ils. Un accord institutionnel solide est le préalable au retour de la confiance, de l’investissement, de l’activité et de l’emploi. À défaut, la relance économique, sociale et humaine serait durablement hypothéquée. Le temps politique ne saurait prévaloir sur le temps économique et social, lorsque la cohésion et la dignité d’un territoire sont en jeu ». Les partenaires sociaux réclament alors un accord institutionnel, mais surtout des projections économiques et sociales pérennes et concrètes. « Nous vous demandons solennellement d’inviter nos responsables politiques locaux à conclure un accord sur ces bases, à finaliser les travaux conduits avec la Mission interministérielle et à traduire les engagements pris en textes applicables ». 


La réunion de l’Elysée

La Calédonie dormait lorsque les groupes politiques calédoniens ont été reçus à l’Elysée, à l’invitation du président de la République, pour relancer les discussions autour de l’accord de Bougival. Réunion à laquelle assistaient également le Premier ministre, la ministre des Outre-mer, les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale ainsi que les parlementaires calédoniens. Il s’agissait d’éclairer l’accord et de voir en quoi il pouvait être amélioré. Ces discussions vont se poursuivre dans les prochains jours autour de Naïma Moutchou. Trois jours de travail sont ainsi programmés à l’heure actuelle, probablement rue Oudinot au ministère des Outre-mer, où les délégations doivent poursuivre les discussions en ateliers thématiques sur l’identité kanak, le droit à l’autodétermination, le transfert des compétences régaliennes. Il s’agit là des points sur lesquels certains politiques calédoniens réclament des améliorations. Si au terme de ces négociations un accord était trouvé, la prochaine étape sera l’adoption par le Parlement d’un projet de loi constitutionnelle. Et dans cette optique, comme le calendrier est serré, l’hypothèse d’un report des élections provinciales à septembre prochain, pourrait être évoqué.

Les délégations signataires de l’accord de Bougival avaient ensuite été reçues par Emmanuel Macron à l’Elysée.


Légende :
Avant le conclave de Bougival, responsables politiques et économiques s’étaient réunis rue Oudinot pour évoquer la situation du Caillou.

Nicolas Vignoles

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