« Que quelqu’un se décide », le cri du cœur de KNS

A Vavouto, au lendemain de l’annonce de la mise sous cloche de KNS, le ressenti oscille entre inquiétude et espoir. Le point de vue est différent selon qu’on soit simple salarié, cadre ou sous-traitant. Tour d’horizon avec des salariés et des sous-traitants qui témoignent dans l’anonymat.

A Vavouto tout paraît normal. Les salariés sont en poste et le va-et-vient des sous-traitants suit son court. Nadia* profite de l’ombre en dehors de l’enceinte du métallurgiste. Elle dit ne pas avoir « plus d’info, déjà de la société pour laquelle on travaille. On attend de voir les décisions qui seront prises ». KNS assure le seul revenu de son foyer. Ronaldo* admet aussi baigner dans le flou : « On ne sait pas où on va et si ça ferme, on ne sait pas s’il y aura du travail à l’extérieur ». Et puis de suite les autres s’invitent à sa pensée, « ceux qui ont des traites, j’espère que ça ne va pas les pénaliser », déclare-t-il solidaire, avant de signaler que « les syndicats avaient parlé de tout ça, des crédits, des contrats… Que ça pouvait arriver et voilà ! Ça arrive ». Et Ronaldo de placer un tir : « J’espère qu’il y aura un acheteur. Il faut ! On ne peut pas fermer l’usine comme ça. Il y a les jeunes, les générations futures qui arrivent ». Philosophe aussi Ronaldo sait pouvoir compter sur sa compagne qui travaille mais tout de même, concède-t-il, « nous les hommes on doit aussi participer à la maison ». Pétillante, Céline* semble fonctionner à l’insouciance de sa jeunesse. À un poste « carrefour » du complexe, elle rapporte entendre « les gens parler. Ils stressent carrément à cause de leurs traites parce qu’il y en a qui ont fait des gros emprunts ». Et détachée presque du climat ambiant, elle lâche : « Moi ça va. Si ça ferme je vais chercher un travail ailleurs ».

Espoir

Mais l’optimisme ne survit pas à l’expérience et encore moins quand celle-ci se bâtie aux quatre coins du monde. Kirk* est un « gradé » dans KNS. La mise sous cloche pour lui, « c’est la moins pire des solutions, c’est une solution qui donne de l’espoir. Les emplois sont maintenus donc pas d’inquiétude sur l’effet social, il est réglé ». Et Kirk de renchérir : « Si Glencore part sans vendre ses parts il aura perdu trop d’argent et puis fermer une usine comme celle-ci, ça serait un problème pour la province Nord mais aussi pour toute l’île ». Pascal, en bon sous-traitant se sent libre d’afficher son point de vue. Il sent que « Glencore a des soucis mais », ajoute-t-il à propos du partenaire de SMSP, « il a ses raisons. Le problème est plus vaste qu’on ne le croit. Moi, je ne suis qu’un petit sous-traitant ». Avec SLN et l’usine du Sud également dans son giron, il peut dresser une observation globale : « On sent la retenue, ça freine aussi là-bas. Tout le monde est dans l’expectative parce que beaucoup d’activités, beaucoup de sociétés dépendent des usines ». Quant à son engagement avec KNS, il l’assure : « Je suis confiant parce les travaux planifiés sont maintenus. Je suis ici parce que j’avais un rendez-vous, je me suis inquiété mais ils l’ont maintenu ». Bienheureux Pascal avec la maintenance de cette usine qu’il faut « maintenir à chaud ». Impossible par ailleurs, selon lui, « que l’État français laisse partir une entreprise comme celle-là ». Il espère « que dans les six mois, quelqu’un se décide parce les salaires ne pourront pas être maintenus sur du long terme ». Et Pascal de finir en complétant Nadia et sa quête de transparence, par celle d’une grande table ronde pour « tout remettre à plat et tout relancer ».

* Prénom d’emprunt

Jack Kagny

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