Pour ce second volet de notre grand entretien, le procureur Yves Dupas alerte sur l’explosion des cambriolages dans les habitations et révèle l’émergence de vols alimentaires. Un phénomène inédit commis par une jeunesse désœuvrée et désormais confrontée à une grande précarité. Le magistrat explique également pourquoi le parquet de Nouméa entend faire de la lutte contre l’économie souterraine et les atteintes à la probité la prochaine grande cause de sa politique pénale (2/2).
La voix du Caillou : Quelle est la tendance des cambriolages depuis le début de l’année ?
Yves Dupas : Si l’on compare les statistiques actuelles à 2023, nous déplorons une augmentation de 25 % des cambriolages visant des résidences principales et secondaires. Les vols dans les locaux professionnels sont, en revanche, en baisse. Un phénomène nouveau est apparu : il est désormais fréquent de constater des vols alimentaires. Cela semble directement lié aux événements de mai 2024. Outre l’alcool, les clés de voiture ou les appareils multimédias, les cambrioleurs vident maintenant les frigos et les congélateurs. Cela s’explique par la précarité sociale de certaines familles. Auparavant, les vols exclusivement portés sur la nourriture étaient rares. La situation a changé. On observe également une hausse des vols à l’étalage dans les petits commerces et les supermarchés.
« Certains multirécidivistes parviennent plus à imaginer un avenir autre que ces allers-retours incessants entre la rue et le Camp-Est »
LVDC : Ce sont bien souvent les mêmes jeunes qui sont arrêtés, jugés, libérés, et qui récidivent… N’êtes-vous pas désespéré ?
YD : La récidive reste un phénomène majeur, surtout chez les auteurs de vols de véhicules et de cambriolages. Pour y répondre efficacement, il faut une approche globale. La sortie de détention est un moment décisif, et nous devons repenser certaines pratiques : nous devons absolument éviter les sorties sèches du Camp-Est car elles conduisent très souvent à un retour rapide en prison. J’estime que ce travail ne relève pas uniquement du parquet ou des juges d’application des peines. C’est l’ensemble des acteurs relevant de la jeunesse qui doivent s’emparer de cette question. Car au-delà de la récidive, l’enjeu prioritaire est l’insertion de ces personnes. Tous les efforts et les moyens doivent être mobilisés. Un jeune qui se forme, travaille et trouve une place dans la société a beaucoup moins de risques de recommencer. Or la situation économique actuelle complique considérablement l’insertion des personnes placées sous-main de justice.
LVDC : Diriez-vous qu’une forme d’impunité s’est installée chez les délinquants ?
YD : (Silence.) Oui, certainement. Chez certains multirécidivistes, il peut y avoir une certaine forme de fatalité qui s’installe car ils ne parviennent plus à imaginer un avenir autre que ces allers-retours incessants entre la rue et une cellule du Camp-Est. Ce sont des jeunes en marge de la société, de leur famille, de leur quartier, de leur tribu, des responsables coutumiers… Il faut être optimiste car un déclic est toujours possible : des jeunes changent radicalement lorsqu’ils deviennent parents et arrêtent leur parcours de délinquant. Connectez vous pour y accéder !Ce contenu est réservé aux abonnés.
Propos recueillis par Jean-Alexis Gallien-Lamarche



