Une mère et ses deux fils au Camp-Est pour avoir géré un réseau de cannabis et brassé des millions de francs

Les investigations des gendarmes ont duré des semaines pour aboutir à l’interpellation de cette famille qui s’était spécialisée dans la culture et la vente d’herbe pour alimenter Nouméa et le Grand-Nouméa. En attendant leur procès, ils ont été placés en détention provisoire.

La chute d’un clan. Une mère et ses deux fils viennent d’être interpellés par les gendarmes de la Section de recherche de Nouméa après des mois d’investigations dans le cadre d’une enquête préliminaire portant sur un trafic de cannabis de grande ampleur. N’y voyez pas là les cannabiculteurs que l’on retrouve parfois à la barre d’un tribunal qui plante quelques pieds au fond du jardin et qui fument plus qu’ils ne revendent leur production de quelques têtes. « On est dans une autre dimension », a présenté la procureur Isabelle Fuhrer, vendredi, au moment de requérir sur les mesures de sûreté à l’encontre d’une mère de 55 ans et de ses deux fils de 23 et 25 ans qui étaient traduits en comparution immédiate. Le dossier a finalement été renvoyé. En cause, « une surcharge de l’audience », a reconnu la présidente Sylvie Morin et « une transmission tardive de la procédure » dans la nuit de jeudi à vendredi. Mais pour déterminer du sort de ces trois-là en attendant leur procès, prévu au 16 janvier prochain, la juridiction a levé une partie du voile sur cette affaire pour laquelle il risque dix ans d’emprisonnement.

« Un bénéfice de 20 millions »

Le trafic aurait ainsi commencé en 2021 avant de monter en puissance jusqu’à cette année. Placés sur écoute pendant des semaines, la mère et ses deux fils avaient réussi à se monter une solide et nombreuse clientèle, leur permettant d’écouler d’importants stocks d’herbe de cannabis qui poussait, principalement, dans des chambres « indoor ». Et sous ses allures artisanales, le trafic était particulièrement lucratif. D’après les calculs des enquêteurs, la vente a « généré un chiffre d’affaires de 28 millions de francs avec un bénéfice de 20 millions de francs », a souligné la représentante du ministère public. « Il y avait une organisation avec plusieurs lieux de production, des revendeurs attitrés, des gens payés pour conditionner. C’était un trafic réalisé non pas par des délinquants d’habitude mais par des personnes qui ont voulu gagner de l’argent en vendant des stupéfiants et en empoisonnant les jeunes du territoire », a poursuivi Isabelle Fuhrer, réclamant le maintien en détention des trois prévenus jusqu’à leur jugement.

« L’ultime recours »

N’ayant jamais été confrontés à la justice jusqu’alors, la mère et ses fils ont demandé à être libérés sous contrôle judiciaire pour préparer sereinement leur défense. « Les bras m’en tombent quand j’entends le parquet nous dire que cette mère de famille, aussi grand-mère, ne présente pas de garanties de représentation. Elle ne va pas prendre sa valise et se cacher », a plaidé l’avocate de la défense Me Barbara Brunard. Sa consœur, Me Anne Saudeau-Faivre, a insisté sur « l’ultime recours » que doit constituer la détention provisoire. « On nous parle de millions de francs mais ils vivaient de manière normale avec un train de vie pas si important », a-t-elle affirmé. Après en avoir délibéré, le tribunal a suivi les réquisitions du parquet et ordonné le maintien en détention de la mère et de ses fils jusqu’à l’audience de janvier.

Jean-Alexis Gallien-Lamarche

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