Sébastien Lecornu et le dossier calédonien

Nous sommes toujours en attente de la nomination d’un nouveau gouvernement, placé sous la responsabilité de Sébastien Lecornu, récemment désigné Premier ministre. Un chef de gouvernement qui va devoir gérer le dossier calédonien.

Un dossier arrivé à un moment crucial de son développement, depuis que les groupes politiques calédoniens ont signé l’accord dit de Bougival. En Calédonie, tout le monde reconnaît au nouveau Premier ministre le fait de bien connaître le dossier calédonien, les uns pour s’en féliciter, ainsi les Loyalistes et le Rassemblement, les autres pour le critiquer et s’en inquiéter, notamment l’UC-FLNKS-CCAT. C’est le cas également du Palika pour qui Sébastien Lecornu est l’homme du troisième référendum, celui qui en a maintenu la tenue malgré la Covid, même si l’UC avait donné son accord. C’est d’ailleurs ce que rappelle Ferdinand Mélin-Soucramanien, dans un article de Public Sénat signé de Simon Barbarit. Professeur de droit constitutionnel à l’université de Bordeaux, et auteur avec Jean Courtial d’un rapport qui a fait date sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, il souligne que « ce qu’il s’est passé avec Bougival, c’est un peu la même chose que pour la date du troisième référendum. J’avais participé à la réunion au cours de laquelle il avait été décidé de conserver la date du référendum. Les partis indépendantistes avaient donné leur accord. C’est lorsqu’ils sont revenus sur l’île que les points de crispation sont apparus, avec la pandémie notamment ».

Les mains dans le cambouis ?

Si Sébastien Lecornu connaît bien la situation calédonienne et le personnel politique local, voudra-t-il cependant manager le dossier ? Du côté des signataires de l’accord de Bougival, à commencer par le Palika, on plaide pour le maintien de Manuel Valls au ministère de l’Outre-mer. On y voit la garantie que le processus de mise en œuvre de l’accord sera poursuivi. C’est exactement l’analyse qu’en fait Ferdinand Mélin-Soucramanien. « Il a dû gérer beaucoup de dossiers divers sur un périmètre réduit, dit-il. Aujourd’hui sa nomination à Matignon a provoqué des réactions contrastées, mais on oublie qu’un an plus tôt il n’était pas loin d’un accord sur l’avenir institutionnel en organisant une concertation avec les différentes forces politiques sur l’îlot Leprédour. Et de toute façon, Sébastien Lecornu ne va pas remettre les mains dans le cambouis. Ce n’est plus un dossier géré par le Premier ministre, mais par Manuel Valls, qui devrait logiquement conserver son poste au nom de la continuité de l’Etat. C’est un ancien premier ministre désigné ministre d’Etat. Le dernier chef de gouvernement à s’être occupé du dossier calédonien est Edouard Philippe ».

La mise en œuvre de Bougival

Le futur gouvernement Lecornu a donc la responsabilité de la mise en œuvre de l’accord de Bougival. Et ce malgré le rejet de l’accord par le FLNKS, en dépit de la signature des membres de sa délégation au terme des négociations. C’est d’ailleurs ce que souligne dans cet article de Public Sénat, Benjamin Morel, maître de conférence en droit public. Après avoir souligné que les Loyalistes « ont fait beaucoup de concessions dans l’accord de Bougival », il précise que « le problème c’est que le FLNKS est prisonnier depuis 2024 de sa base radicalisée. Les indépendantistes n’ont plus la latitude pour débloquer la situation ».

L’autre souci tient à la situation politique nationale et au jeu politicien que jouent les formations politiques, notamment à l’Assemblée. « Le RN et LFI sont dans des positions de principe, explique Benjamin Morel. Entre les deux, les socialistes et le bloc central ne veulent pas que la situation ne s’enflamme et veulent acter un compromis sur le terrain. Mais ce compromis n’est pas clair et la mise en forme juridique de l’accord de Bougival peut conduire à des tensions et ce n’est pas là-dessus que va se jouer la prochaine élection présidentielle ». Ce à quoi Ferdinand Mélin-Soucramanien ajoute, « ce n’est pas un sujet forcément propice aux jeux politiciens. Les partis vont rechercher avant tout la paix et la sécurité. Mais dans l’histoire contemporaine de la Nouvelle-Calédonie il y a souvent eu une collision entre les échéances nationales et des évènements ».

Légende photo : Sébastien Lecornu maintiendra-t-il Manuel Valls à l’Outre-mer ?

Nicolas Vignoles

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