Lors du premier Forum des entreprises UE-Pacifique, qui a réuni la semaine dernière à Fidji décideurs politiques, entrepreneurs, investisseurs et acteurs du développement, une enveloppe de 36 milliards de francs a été annoncée par l’Union européenne (UE). Elle doit être dédiée au développement durable et à la résilience au changement climatique.
Les trois territoires français du Pacifique, la Polynésie française, Wallis-et-Futuna, et la Nouvelle-Calédonie qui avec 600 000 habitants, pèsent un quart du PIB des états insulaires du Pacifique, ont eu l’opportunité de faire rayonner leurs entreprises lors de ce forum. « Nos trois territoires, ont vraiment été mis à l’honneur ; les pays de la région ont été impressionnés par le niveau de développement de la Nouvelle-Calédonie, et ont montré leur intérêt pour ces rencontres et pour les possibilités d’investissements », affirme le secrétaire permanent pour le Pacifique, l’ambassadrice Véronique Roger-Lacan. La Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et Wallis-et-Futuna ont également signé avec le commissaire européen en charge des partenariats internationaux Jozef Sikela une convention de financement pour le prochain programme régional européen.
Assurer la sécurité des systèmes alimentaires
Il sera doté d’un budget d’un peu plus de 4,3 milliards de francs, et va promouvoir l’économie bleue et l’économie verte dans le cadre de la sécurité des systèmes alimentaires de la région. L’Agence française de développement (AFD) apporte un soutien financier à hauteur de 9,2 milliards de francs pour soutenir l’initiative Kiwa, qui vise à impliquer les populations locales dans la mise en œuvre de solutions naturelles pour s’adapter au changement climatique. L’AFD aide aussi à la protection des forêts et de la biodiversité marine et à la réhabilitation du port de Rabaul en Papouasie-Nouvelle-Guinée avec une enveloppe de 9,6 milliards de francs. Par ailleurs, la France, au travers du secrétaire permanent pour le Pacifique, l’ambassadrice Véronique Roger-Lacan, soutient plusieurs programmes de coopération dans les domaines économique, culturel et académique.
Ouverture d’une nouvelle route aérienne inter-Pacifique
Ils concernent d’abord la connectivité aérienne, avec l’ouverture d’une nouvelle ligne aérienne. « Il s’agit d’une route entre Fidji, la Polynésie française, Tonga, les îles Cook et Samoa, pour faciliter les échanges entre les différents territoires. C’est une ligne directe, mais qui s’arrêtera sur toutes les îles – comme une sorte d’omnibus. Deux compagnies aériennes polynésiennes, Air Tahiti et Air Moana, sont intéressées et finalisent actuellement leurs offres d’investissement pour cette ligne-là. Quant à nous, État, notre contribution se fera au travers de la défiscalisation ». Le verdissement de tous les aéroports du Pacifique, toujours grâce au soutien de l’AFD, est aussi à l’ordre du jour sous l’égide de la Direction de l’aviation civile française. Une demande officielle émanant de Nauru et des Tonga a déjà été réceptionnée ; d’autres sont attendues prochainement. Un hub régional de maintenance des avions ATR à Tahiti et en Nouvelle-Calédonie sera proposé aux compagnies de la zone comme alternative à Singapour. Enfin, toujours en matière de connectivité aérienne, un Master en management aérien va être créé aux Fidji, en lien là encore avec la Direction de l’aviation civile. Ce programme de formation commencera au premier trimestre 2026 pour les cadres des Fidji, des Îles Cook, de Nioué, de Samoa, des Îles Salomon, de Tonga, de Vanuatu, de Tuvalu et de la Polynésie française. Les états insulaires du Pacifique menacés par la montée des eaux ont encore pris contact avec Véronique Roger-Lacan pour l’acquisition de scories de nickel. « Nous avons été sollicités par les Kiribati, Tuvalu, les îles Marshall, Tonga, et le Vanuatu, qui ont besoin de ce matériau stable et solide pour lutter contre l’érosion côtière. Les scories calédoniennes sont déclarées vertes, et ne coûtent rien à la tonne. Nous allons fournir à ces états une aide à leur transport, afin qu’ils puissent construire des murs anti-érosion. Une lettre d’intention a été signée, et l’étude devrait déboucher d’ici à six mois ». La France et ses territoires ont encore initié un programme de préservation de la production audiovisuelle océanienne. Il sera soutenu par la Communauté du Pacifique et bénéficiera à tous les états insulaires qui souhaiteraient sauvegarder et promouvoir les productions locales. « Tuvalu, qui est appelé à disparaître, a par exemple demandé une aide à la numérisation de sa culture. De nombreuses communautés océaniennes souhaitent aussi promouvoir leur culture auprès des jeunes, qui selon elles subissent l’influence des réseaux et de Netflix », explique Véronique Roger-Lacan.
Faciliter la mobilité étudiante dans la région
Un appel à projets pour un programme de mobilité étudiante baptisé « Campus Mobile Pacifique » a été lancé en juillet dernier. Il doit créer des ponts entre les universités anglo-saxonnes de la région, et les universités françaises de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie française. Pour l’ambassadrice de la France dans le Pacifique, « Il existe chez les étudiants calédoniens une demande de connaître les autres zones du Pacifique, et à l’inverse, les étudiants de la région développent une curiosité pour la Calédonie ». Le dernier projet, l’Académie du Pacifique, avait été annoncé par le président Emmanuel Macron en juillet 2023. « C’est la formation des professionnels dans le domaine de la sécurité, en coopération avec les hauts-commissaires, les chefs des forces armées mais aussi les douanes, la police ; cela concerne aussi la bonne gouvernance, avec éventuellement des formations de la Cour des Comptes ». Le pôle de coordination de l’Académie du Pacifique sera basé à Nouméa.
Isabelle Peltier




