Il faut relire Renan*. Surtout maintenant que Bougival nous invite à faire peuple calédonien. Mais pour autant que l’on y parvienne, ça ne sera pas facile. D’abord parce que pour des raisons évidentes liées à l’Histoire, les uns et les autres n’ont pas la même vision ni la même appréhension d’une histoire qui nous est pourtant commune. Dans ces conditions, et pour reprendre la thèse de Renan, n’ayant pas fait de grandes choses ensemble dans le passé, comment pourrions-nous vouloir en faire encore dans l’avenir ? Et par ailleurs, faire peuple ou nation, demande des points d’équilibre entre des organisations sociales et surtout politiques anciennes, mais différentes. Si la France permet cet équilibre dans ce que la démocratie devrait s’imposer à tous, d’aucuns le contestent et réclament d’en sortir. Alors si nous n’avons pas d’âme ni de principe spirituel communs, mais que nous sommes séparés par des fonctionnements de société quasiment inconciliables, nous prenons conscience de la difficulté des choses. Faire peuple et nation réclame des interpénétrations que nous n’avons pas et que nous ne sommes jamais parvenus finalement à créer. Cela permet tout, l’insurrection du 13 mai, comme l’interdiction de se rendre à Maré, ou la vilipendation du président de la Foire de Bourail. Faire peuple et nation est un objectif à atteindre et une noble ambition. Encore faudrait-il que tout le monde exprime, comme le dit Renan, « le désir de vivre ensemble ».
« Qu’est-ce qu’une Nation ? », est une conférence d’Ernest Renan en 1882 : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis ».
Nicolas Vignoles



