Émeutes : sommes-nous tous traumatisés ? (2/3)

Le 13 mai 2025, « un an jour pour jour après l’une des plus graves crises de l’histoire récente de la Nouvelle-Calédonie », la Fédération des professionnels libéraux de santé interpellait les pouvoirs publics dans une lettre ouverte, pour tenter de faire de la santé mentale une priorité absolue. Pour la FPLS, ce que les Calédoniens ont « traversé collectivement en mai 2024 constitue un traumatisme majeur ». Alors, sommes-nous tous traumatisés et à quel point ? Comment savoir en reconnaître les signes et continuer d’avancer ? Comment reconstruire une société fracturée ? Dans ce dossier à suivre en trois volets, nous vous proposons des pistes de réflexion, grâce à l’expertise de deux psychologues et d’une hypnothérapeute. Vous avez pu lire hier l’interview du psychologue clinicien Alexandre Machful. Nous vous proposons aujourd’hui l’analyse de Grégory Simon, psychologue clinicien, chercheur, notamment en psychologies autochtones, et expert près des tribunaux de Nouméa. Après les émeutes, face au constat d’une société abîmée et de postures radicalisées, il prône un chemin thérapeutique et de réconciliation, à l’échelle sociétale.

« Nous vivons une catastrophe humaine. Des gens de tous bords sont traumatisés. » C’est le constat sans appel de Grégory Simon sur l’état de la société calédonienne, un peu plus d’un an après le déclenchement des émeutes. « On est là dans une douleur totale : émotionnelle, sociale, économique. La période est trouble pour chacun d’entre nous. » Pour sortir de cette détresse qui touche toutes les couches de la population, le psychologue propose de trouver un chemin, d’abord thérapeutique. « Il faut se défusionner du trauma pour guérir nos relations et retrouver du “nous” dans notre société. » Un chemin individuel, mais aussi collectif.

Pour Grégory Simon, les Calédoniens seraient malades de leur histoire, et l’origine remonterait aussi loin que la prise de possession, en 1853. « Il faut trouver les moyens de lever le deuil de ce moment, explique le psychologue. Cela permettrait de se libérer collectivement, de sortir du sentiment d’oppression et de l’état de repentance. Prenez donc Napoléon III. Il a suivi son chemin, il a pris possession de la Nouvelle-Calédonie, il a même voulu envahir le Mexique. Il était animé d’une volonté de conquête, presque d’écrasement. La psychologue clinicienne Magali Molinié parle de soigner les morts pour guérir les vivants. Ne faudrait-il pas soigner Napoléon III, pour nous guérir, nous ? En tant que Français, nous valons mieux que cela, nous sommes bien plus que les héritiers de son histoire, dont il faut nous désidentifier. »

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Isabelle Peltier

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