La situation calédonienne a rattrapé Manuel Valls en Polynésie Française, où il effectuait un long séjour. C’est là-bas qu’il a pris connaissance des communiqués et déclarations de l’UC, du FLNKS et de ses groupes de pression, ainsi que du Sénat coutumier, qui globalement rejettent ce qui a été défini à Bougival. Le ministre d’État, ministre des Outre-mer, s’est donc lancé dans un vif plaidoyer (lire notre article en page 3), pour tenter de convaincre les indépendantistes de ne pas procéder à une marche arrière mortifère en décidant finalement de ne pas signer l’accord, chemin qu’ils sont néanmoins visiblement en train de prendre. Manuel Valls sent poindre le danger, aussi a-t-il fait une déclaration pour expliquer aux indépendantistes tout le bien-fondé pour eux de ce qui s’est négocié à Bougival. Il n’est pas certain que cette stratégie prospère, outre qu’elle peut faire passer ceux qui sont engagés dans l’accord, c’est-à-dire toutes les autres formations politiques, pour quantité négligeable. Manuel Valls prend peut-être conscience, comme tant d’autres avec lui, que les plus radicaux, ceux qui ont déclenché le 13 mai et entraîné leurs militants derrière eux, ne veulent pas d’un accord qui n’assure pas Kanaky de manière définitive et pérenne. Ce n’est pourtant pas faute de le lui avoir dit. Alors le ministre d’État, comme nous, attend de voir ce que toutes ces instances indépendantistes vont décider, et sans doute espère-t-il qu’elles ne vont pas tout mettre par terre.
* Le 23 avril 1961, au lendemain du putsch des généraux à Alger, le général de Gaulle, en uniforme, prononce un discours à l’Élysée, qu’il conclut ainsi : « Françaises, Français, vous voyez où risque d’aller la France, par rapport à ce qu’elle était en train de devenir. Françaises, Français ! Aidez-moi ! »
Nicolas Vignoles



