Unir les forces face à la violence

Face à une délinquance plus violente et décomplexée, la province Sud, l’État, les communes et la justice unissent leurs efforts dans un plan ambitieux pour prévenir les dérives, protéger les plus vulnérables et restaurer l’autorité.

Réunis hier matin autour de la présidente de la province Sud, les maires, les représentants de l’État, du parquet et des forces de l’ordre ont dressé un constat alarmant : la délinquance calédonienne ne faiblit pas. Pire, elle se banalise. C’est dans ce contexte post-crise que le Plan provincial de prévention de la délinquance 2025-2028 a été présenté. Un plan structuré, assorti d’une trentaine de mesures concrètes, pour répondre aux urgences du territoire. Pour le Haut-commissaire de la République, Jacques Billant, la situation reste marquée par « un sentiment d’insécurité qui reste très fort au sein de la population calédonienne ». Il alerte également sur « une délinquance de plus en plus décomplexée, marquée par une banalisation de la violence et un rejet assumé de l’autorité ». Le chiffre est édifiant : 110 policiers et gendarmes ont été blessés depuis janvier, soit plus du double qu’en 2023.

Une réponse à la hauteur des enjeux

Ce plan, fruit d’un diagnostic partagé entre les partenaires institutionnels et les services provinciaux, repose sur cinq axes majeurs : prévention de la délinquance juvénile, aide aux victimes, lutte contre les addictions, sécurisation de l’espace public et promotion de la citoyenneté. Il est notamment prévu de créer un dispositif d’accueil d’urgence pour les mineurs en errance, de développer des travaux non rémunérés en alternative à l’exclusion scolaire, ou encore de recruter des « ambassadeurs No-Addict » pour lutter contre la consommation d’alcool. Pour Sonia Backes, présidente de la province Sud, il faut « des réponses concrètes aux gros problèmes qu’il y a ». La place des jeunes est centrale dans le dispositif : « Est-ce qu’exclure un jeune d’un établissement scolaire, c’est la solution ? », s’interroge-t-elle, plaidant pour des mesures éducatives plutôt que punitives. L’un des leviers évoqués est ainsi l’instauration de Travaux Non Rémunérés (TNR), équivalents aux TIG, pour les mineurs ayant commis un délit. Au-delà de l’école, la problématique de l’errance juvénile reste un point d’alerte. « Ce n’est pas normal d’avoir des mineurs dehors entre 22 h et 5 h du matin », martèle la présidente. Une approche renforcée par l’État et les communes, qui s’engagent à créer des comités locaux de sécurité dans chaque mairie.

Des fléaux persistants

Autre sujet majeur du plan : les violences intrafamiliales. Elles représentent aujourd’hui plus de 30 % des atteintes volontaires à l’intégrité physique. Le procureur de la République, Yves Dupas, rappelle que « nous avons environ 8 faits pour 1 000 habitants en Nouvelle-Calédonie. C’est le double de celui de l’Hexagone ». Il insiste : « Ce phénomène reste un fléau sur ce territoire. Il faut impérativement faire reculer cette violence, qui est totalement inacceptable ». Pour y parvenir, des outils de prévention de la récidive sont déployés, comme les stages de responsabilisation ou le centre de prise en charge des auteurs, ouvert en décembre dernier. La crise sociale a aussi laissé d’autres stigmates. Jacques Billant note une hausse de « la délinquance d’appropriation, notamment dans les quartiers populaires », précisant que « des cambriolages portent aujourd’hui sur de la nourriture ». Un phénomène nouveau, lié à « une paupérisation croissante », qui alarme également le procureur : « Les familles sont en grande difficulté pour vivre au quotidien ».

Le plan prévoit aussi d’intensifier la lutte contre l’alcoolisation, considérée comme un facteur aggravant de nombreuses violences. Sonia Backes milite depuis des années pour un fichier interdisant l’achat d’alcool aux récidivistes. Le plan détaillé dans le dossier de presse va plus loin, en évoquant des mesures structurelles comme « porter à 21 ans l’âge pour acheter de l’alcool » ou encore « créer une carte informatisée avec quota pour l’achat ». Enfin, pour renforcer la sécurité au quotidien, plusieurs outils sont en cours de déploiement : caméras à lecture de plaques d’immatriculation, applications de signalement, schémas de tranquillité publique, soutien à la sécurisation des commerces. L’enjeu est clair : « occuper le terrain, avoir un maximum de visibilité, être présent là où il le faut, quand il le faut », résume le Haut-commissaire. Ce plan quadriennal, qui sera soumis à l’assemblée de la province Sud en septembre, se veut évolutif. Il pourra être enrichi à partir des retours du terrain. À travers lui, la province affirme sa volonté de « coordonner, fédérer et innover », avec un objectif partagé : bâtir une société plus sûre, plus juste, plus solidaire.


Quelques chiffres

Selon le dernier bilan publié par le Haut-commissariat, la délinquance en Nouvelle-Calédonie connaît une nette recrudescence des faits violents au premier semestre 2025. Les atteintes contre les forces de l’ordre explosent : +96,6 % par rapport à 2023, avec 102 gendarmes et 2 policiers blessés. Les incendies volontaires, souvent utilisés comme mode d’action dans les violences urbaines, ont presque doublé (+86,3 %). Les cambriolages de résidences sont également en forte hausse (+28 %), contrairement aux cambriolages de locaux professionnels, en baisse de 14,1 %. La situation reste particulièrement préoccupante concernant les violences intrafamiliales, en augmentation de 12,1 %, avec une part croissante de mineurs parmi les victimes. Le Grand Nouméa, et en particulier Nouméa, concentre la majorité des faits, notamment les vols avec violence (65 %), souvent commis par des mineurs (29 % des cas).



Claire Rio-Pennuen

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