L’Autorité de la concurrence juge les tarifs de manutention portuaire « peu compétitifs »

Le gendarme de la concurrence a rendu lundi son avis sur le fonctionnement du secteur de la manutention portuaire au port autonome. Elle y pointe le recours persistant à « une grille tarifaire commune » et des tarifs « supérieurs de 15 à 20 % » à ceux des autres ports ultramarins.

Chaque année, environ 50 000 conteneurs sont acheminés en Nouvelle-Calédonie par les ports de Nouméa et de Wé : c’est ce que l’on appelle la manutention portuaire également appelé « acconage ». Il s’agit d’un secteur particulièrement stratégique pour le territoire, en ce qu’il concerne plus de 95 % des importations, et en ce qu’il joue un rôle dans la formation des prix pratiqués localement. C’est pourquoi l’Autorité de la concurrence (ACNC), mobilisée contre la vie chère, s’est livrée à un « examen approfondi » du secteur, avant d’émettre un avis publié lundi.

Des tarifs supérieurs de 15 à 20 % par rapport à d’autres ports ultramarins

Quatre entreprises se partagent le chargement et le déchargement des navires au port de Nouméa : la Société générale de manutention portuaire (GNP), la Société d’acconage et de transport (SATO), la Société d’acconage territoriale (SAT) et Manutrans. À elles seules, GNP et SATO traitent près de 70 à 80 % des volumes, tandis que les deux autres, moins bien équipées en grues et engins de levage, doivent parfois louer le matériel et le personnel de leurs concurrentes.

Or, bien que les prix de ces prestations soient librement fixés depuis 1985, ces opérateurs continuent, selon des modalités variables, à se référer à un référentiel tarifaire commun établi en 1991. L’Autorité y voit un frein à la concurrence : elle rappelle que « l’utilisation persistante d’une grille commune porte atteinte à l’autonomie tarifaire et commerciale des opérateurs » et n’incite pas les entreprises à répercuter leurs gains de productivité dans leurs prix. D’autre part, l’ACNC rappelle que cette pratique « est de nature à faire obstacle à la fixation des prix par le libre jeu du marché et susceptible d’être sanctionnée comme ententes anticoncurrentielles ».  Conséquence concrète pour les consommateurs : une fois neutralisés certains biais de comparaison, les tarifs pratiqués à Nouméa restent « supérieurs de 15 à 20 % » à ceux observés dans d’autres ports ultramarins. Sans se prononcer sur la licéité des pratiques observées, l’Autorité recommande néanmoins aux quatre sociétés, ainsi qu’aux compagnies maritimes, de « cesser toute référence à la grille tarifaire de 1991 » et rappelle « l’importance pour chaque opérateur de définir ses prix selon sa propre stratégie commerciale en tenant compte de sa propre structure des coûts ».

Des factures qui ne détaillent rien

L’avis du gendarme de la concurrence pointe aussi « un manque de transparence dans les relations commerciales entre les différents acteurs de la chaîne logistique ». Sur la facture finale adressée aux transitaires et aux importateurs, tous les frais liés au débarquement sont regroupés sous une seule ligne, intitulée « frais de débarquement » ou « Terminal Handling Charges » (THC), et ce sans distinguer ce qui revient à l’entreprise ayant manipulé la marchandise et ce qui revient à l’agence maritime. Comme le souligne l’ACNC, « les clients connaissent essentiellement le montant global mis à leur charge et disposent de peu d’informations leur permettant d’en vérifier la contrepartie ou de le négocier », explique l’Autorité, qui recommande aux opérateurs de clarifier la nature de chaque prestation facturée à chaque étape de la chaîne, et de transmettre systématiquement les prix pratiqués à la Direction des entreprises, de la consommation, de l’attractivité et des télécommunications (DECAT), afin d’en permettre le suivi.

Avec la mise en service prochaine de l’extension du quai n° 8 et la refonte du modèle économique du PANC, l’avis suggère aussi d’envisager des conventions dites « de terminal », inspirées du modèle réunionnais, qui permettraient de fixer des obligations de service tout en laissant les tarifs se négocier librement. Dans son communiqué, l’Autorité indique vouloir que les opérateurs « s’approprient » ses recommandations, et prévient que, compte tenu de son impact transversal sur l’économie, « le secteur des transports continuera de constituer un axe important de son action » dans les mois à venir.

Béryl Ziegler

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