Un habitant de Canala, recherché pour évasion, a été retrouvé ivre, à Nouméa, en pleine crise dans le bâtiment de la Caisse des écoles. Il était jugé vendredi.
« Vous étiez en train de marcher, ivre mort, en train d’aller chez votre frère » tétraplégique (conséquence d’un accident de voiture). Et « alors », à ce moment-là, « qu’est-ce qui vous passe par la tête ? », tente de comprendre la présidente du tribunal. Réponse du prévenu, du bout des lèvres : « je ne sais pas ».
Il est autour de 22h30, ce mercredi 6 mars, lorsque le prévenu pénètre, sans raison, dans la Caisse des écoles, à Rivière-Salée. La suite ? « Un déchaînement total », résume Hélène Gaillet, évoquant un « carnage », et une « désolation » quand on sait « tout ce qu’il faut mettre en œuvre pour nettoyer, pour réparer. C’est assez décourageant de voir ça… » En l’occurrence « plusieurs salles complètement retournées », avec du mobilier cassé, des vitres brisées ou encore un véhicule appartenant à la mairie abîmé.
Un policier visé
Prévenue par un vigile, la police municipale arrive vite sur les lieux. Un agent raconte qu’à quatre reprises, l’accusé lui a lancé, depuis l’étage, des plaques de verre, manquant de le blesser. L’individu finit par être interpellé, avec près de 2 grammes d’alcool par litre de sang : il venait de passer la soirée à boire (deux bouteilles de rhum) avec sa copine. Une dispute a éclaté dans le couple, et l’homme est rentré seul, avec cet arrêt dévastateur à la Caisse des écoles. « Je regrette mon geste, je regrette ce que j’ai fait », chuchote l’accusé, visage tatoué, courtes dreadlocks et imposante tête de lion au centre de son t-shirt. « Je ne dis pas que ça aurait été mieux chez un particulier, mais bon », c’est un bâtiment de service public qui a été dégradé, déplore la présidente, avant de faire remarquer au prévenu : « vous n’auriez pas dû commettre ces faits, parce que normalement vous étiez en prison… »
« Qu’est-ce que vous respectez, en fait ? »
Déjà condamné, par le passé, à une dizaine de peines, l’homme avait été incarcéré, pour la dernière fois, en juin. A sa deuxième permission de sortie, mi-novembre, il n’a pas rejoint sa cellule. Ce n’est que parce qu’il a tout cassé cette soirée de début mars que les autorités lui ont mis la main dessus. C’est déjà sa troisième évasion réussie. « Qu’est-ce qu’il faut faire, Monsieur ? Qu’est-ce que vous respectez, en fait ? Vous comprenez qu’on pose ces questions. C’est un peu désespérant », souffle la présidente.
« Vous profitez sur le moment, mais vous ne réfléchissez pas à long terme. Vous vous êtes dit : ‘’tout ce qui est pris est pris’’. » Mauvais calcul. « Vous savez très bien qu’on va finir par vous interpeller : ça veut dire nouvelle peine, ça veut dire qu’il n’y aura plus de permissions de sortie », etc. « C’est sûr que la tentation est grande » de s’évader, mais si tout le monde agit ainsi, « qu’est-ce qu’on fait ? On ne fait plus sortir personne ! »
« Dégâts considérables »
« On lui a tendu beaucoup de perches et de mains à Monsieur », observe la vice-procureure, Isabelle Fuhrer. « Quand quelqu’un s’évade quelques heures, quelques jours, on le poursuit mais avec une forme d’indulgence, mais lui, il ne s’est jamais présenté, il n’a jamais fait un pas en arrière. Il ne revient pas, et on le retrouve sur ces faits », avec « des dégâts considérables et des infractions totalement gratuites ». Ce soir-là, « il emporte trois fois rien, mais il détruit tout ». Alors, « c’est vrai qu’il reconnaît tout, qu’il est calme, qu’il présente bien ». Cela n’empêche pas qu’il a « un assez beau palmarès : neuf condamnations pour vols, plus des violences », calcule-t-elle, réclamant deux ans de prison ferme.
Après délibération, le tribunal est allé au-delà des réquisitions, condamnant le trentenaire à trente mois de prison ferme, avec maintien en détention. Une peine qui s’ajoute à celle en cours : avant son évasion et le saccage de la Caisse des écoles, il était libérable fin 2026.
Anthony Fillet



