La Nouvelle-Calédonie résistante

Vendredi, les autorités civiles et militaires ont commémoré, à la Croix de Lorraine, le 80e anniversaire de l’attribution de la médaille de la Résistance à la Nouvelle-Calédonie.

La médaille de la Résistance est attribuée à la Nouvelle-Calédonie pour son ralliement à la France Libre du général de Gaulle, dès septembre 1940, parmi les tous premiers territoires français à le faire. En dépit de son isolement, la Nouvelle-Calédonie choisit de Gaulle, au terme de vifs moments de tension. Le régime de Vichy a remplacé le gouverneur Pelissier par le lieutenant-colonel Denis, mais dans leur grande majorité les Calédoniens, en particulier les Broussards, s’opposent au nouveau pouvoir, et accueille triomphalement le gouverneur Henri Sautot qui arrive des Nouvelles-Hébrydes le 19 septembre, procède à l’arrestation et au renvoi du gouverneur Denis, et proclame le ralliement de la Nouvelle-Calédonie à la France Libre. Un ralliement auquel ont contribué un certain nombre de personnalités calédoniennes comme Michel Vergès ou George Dubois, pour ne citer qu’eux. La Nouvelle-Calédonie s’engagera ensuite dans la guerre, d’abord avec une milice civique chargée de la protection du territoire, forte de 2000 hommes dont 800 Kanak, puis avec le Bataillon du Pacifique qui s’illustrera notamment à Bir Hakeim.

Une part de notre mémoire

La médaille de la Résistance française a été attribuée à 65 034 personnes dont 25 832 à titre posthume, ainsi qu’à 17 communes, au territoire de la Nouvelle-Calédonie, à 15 collectivités civiles et à 22 unités militaires. La médaille est décernée par un décret en date du 24 avril 1946 qui stipule que « la médaille de la Résistance française est conférée à la Nouvelle-Calédonie pour son dévouement et sa participation active à la guerre du Pacifique ». Mais ça n’est que quarante-sept ans plus tard, le 24 avril 1993, lors d’une cérémonie en baie de l’Orphelinat, que cette médaille lui est remise officiellement. Ce jour-là, le général d’armée Jean Simon, chancelier de l’ordre de la Libération et de l’ordre national de la Légion d’honneur, a remis la médaille à Jean Lèques en sa qualité de président d’honneur de l’association des engagés volontaires de la France Libre. Dans son discours, l’actuel président, Michel Mourguet, a évoqué les hommes du ralliement. « Leur engagement, a-t-il dit, rappelle que l’esprit de résistance en Nouvelle-Calédonie fut collectif, enraciné et partagé. Il exprime une part de notre mémoire, qui unit au-delà des origines et des statuts. En ce 24 avril, en commémorant la remise de la médaille de la résistance à la Nouvelle-Calédonie, nous nous inclinons avec respect devant ces hommes et devant la dignité de leur engagement. Que leur mémoire demeure à jamais dans notre vigilance et dans notre honneur ».


 Un hommage particulier

Lors de cette cérémonie un hommage particulier a été rendu à Roger Trouillot, titulaire à titre personnel de la médaille de la Résistance. Engagé volontaire au sein du bataillon du Pacifique, Roger Trouillot disputera les combats à Bir-Hakeim, en Libye puis en Tunisie. De retour à Nouméa, il sera économe au collège de Koumac où il s’est installé, et sera maire de la commune de 1967 à 1977.


Le 22 avril

Cette semaine, nous commémorions également le 37e anniversaire de l’attaque de la gendarmerie de Fayaoué à Ouvéa. Attaque au cours de laquelle quatre gendarmes, l’adjudant-chef Georges Moulie, les gendarmes Daniel Leroy, Jean Zawazd et Edmond Dujardin étaient assassinés et un cinquième gravement blessé. C’est le début de la prise d’otages d’Ouvéa, qui s’achèvera le 5 mai par l’assaut de la grotte, au cours duquel 19 militants indépendantistes ont été tués. Des évènements qui ont durablement marqué l’histoire de la Nouvelle-Calédonie. Des cérémonies commémoratives ont eu lieu dans plusieurs villes de Métropole, mais aussi en Nouvelle-Calédonie, ainsi à Dumbéa. « Une cérémonie profonde, émouvante, a indiqué Loïc Basset-Creugnet, premier adjoint au maire. Elle est capitale car elle nous renvoie aux heures les plus sombres de la Nouvelle-Calédonie. Nous ne devons jamais oublier, car c’est ainsi que nous pourrons faire en sorte que l’histoire ne bégaie pas ». A Ouvéa, à la Brigade de Fayaoué, et en présence de Maurice Tillewa, maire de la commune, de Gabriella Adjouhgniope, représentante de la province des Îles Loyauté, et de Jean Wanabo, coutumier et porte-parole de la chefferie de Fayaoué, le lieutenant-colonel Paul Sandevoir, le capitaine Willy Bé et les militaires de la brigade, ont rendu hommage aux quatre gendarmes. « Un moment de recueillement et de mémoire, souligne la gendarmerie nationale, pour ne jamais oublier leur engagement au service de la Nation ».


N.V.

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