C’est sans doute très regrettable pour la Nouvelle-Calédonie, mais ça n’est pas une surprise. Déposée par le député indépendantiste, Emmanuel Tjibaou, la motion de rejet du texte de loi constitutionnelle sur Bougival a été adoptée à une large majorité.
Un rejet par 190 voix contre 107. Ont voté pour : les LFI, les écologistes, les communistes, le Parti socialiste sauf François Hollande et Sacha Houllier, la gauche démocrate, et le groupe LIOT à l’exception de la députée de Mayotte, Estelle Youssouffa. Ont également voté en faveur de cette motion, le Rassemblement national et le groupe UDR d’Éric Ciotti. Inversement, ont voté contre : le groupe Horizons, Ensemble pour la République et les LR, mais seulement avec les 11 députés présents sur 48. Le texte va maintenant repartir au Sénat pour un nouvel examen. Si Bougival n’est pas mort, et que l’accord bouge encore, il est néanmoins mal en point.
« Le vide politique n’est pas un scénario acceptable »
Dans un hémicycle à moitié plein, mais qui s’est rempli en cours de séance, les débats ont été ardus et sans nuance. Et c’est la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, qui a ouvert le bal. « Sur un sujet comme le dossier calédonien, a-t-elle déclaré d’emblée, une motion de rejet, ce n’est pas un simple vote de désaccord. C’est le refus même du débat. C’est la décision de fermer la porte avant même d’avoir regardé ce qu’elle ouvre. C’est dire que l’Assemblée nationale ne veut même pas aller au fond ». Car pour la ministre, la motion de rejet « nous ramène au point mort et donc elle nous ramène des années en arrière et ça c’est tout sauf une bonne nouvelle pour le territoire ». Naïma Moutchou a alors interpellé les députés opposés à Bougival, de l’extrême gauche à l’extrême droite, pour leur demander où étaient leurs propositions. « Je dois poser la question que tous les Calédoniens se posent, leur a-t-elle lancé. Qu’est-ce que vous mettez à la place ? Parce que le vide politique, ce n’est pas un scénario acceptable et vous le savez, c’est même un danger demain pour les Calédoniens. Alors qu’est-ce que vous proposez ? Quel cadre ? Quelle méthode ? Quelle issue ? Quelle perspective ? Parce que ça ne s’arrête pas là avec le vote d’une éventuelle motion de rejet. Tout ça rejaillit sur le quotidien des Calédoniennes et des Calédoniens. Si vous rejetez ce texte, comment évitez-vous l’enlisement ? ». Et aux députés de La France insoumise et de la gauche qui soutiennent l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, Naïma Moutchou a été claire : « J’ai entendu parler de l’accord de Kanaky, a-t-elle déclaré. Qu’est-ce que c’est concrètement Kanaky ? C’est l’indépendance, toute l’indépendance et rien que l’indépendance. Ça n’est pas ce qu’on appelle un compromis. C’est une rupture et vous le savez, personne n’est en mesure aujourd’hui d’en assumer les conséquences. Personne. J’ai entendu parler de l’accord de Deva. Cet accord n’a jamais existé. Il n’a jamais été, ne serait-ce qu’une idée partagée et assumée collectivement par les partenaires calédoniens, non plus. Ni Kanaky, ni Deva, il n’y a pas d’autre accord, il n’y a pas d’autre alternative, en dehors de Bougival qui, lui, est bien un texte de compromis, qui réunit et qui engage des indépendantistes, des non-indépendantistes, des centristes, des progressistes. Cinq forces politiques sur six, ça ne peut pas être balayé d’un revers de main. Bougival est bien un point de passage ».
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Nicolas Vignoles




