Nouveau capitaine et nouveau sursis financier : la NMC en quĂȘte d’un second souffle

Le groupe SMSP vient d’officialiser un changement Ă  la tĂȘte de la Nickel Mining Company (NMC), sa filiale d’extraction miniĂšre. Alors qu’Ali Nemouchi s’apprĂȘte Ă  passer le relais Ă  Daniel Marini, bien connu du milieu minier, l’entreprise navigue en eaux troubles. Entre « situation critique » et nĂ©gociations de la derniĂšre chance avec l’État, le mineur tente d’arracher sa survie.

C’est une transition de « poids lourds » qui est sur le point de s’opĂ©rer au sommet de la NMC. Le 3 mars dernier, les Ă©quipes ont Ă©tĂ© informĂ©es du dĂ©part prochain de leur prĂ©sident, Ali Nemouchi, prĂ©vu pour le 30 avril. ArrivĂ© le 1er dĂ©cembre 2024 dans une pĂ©riode de fortes turbulences,  Ali Nemouchi a eu pour mission de « reprendre les rĂȘnes de l’entreprise aprĂšs le dĂ©part d’Isabelle Wabete et l’intĂ©rim de Didier Ventura », dĂ©taille la SMSP dans une communication. Le groupe rend aujourd’hui hommage Ă  l’action du dirigeant, rappelant qu’il a Ă©tĂ© « professionnel et engagĂ© depuis ses dĂ©buts ». Son principal fait d’armes restera sa « dĂ©termination afin de parvenir Ă  la rĂ©ouverture du site de NakĂ©ty en suspension d’activitĂ© pendant 17 mois ». Le centre de NakĂ©ty, l’un des quatre que compte la NMC, Ă©tait Ă  l’arrĂȘt depuis le 6 mai 2024. La situation avait Ă©tĂ© dĂ©bloquĂ©e en octobre dernier, Ă  la suite d’ñpres nĂ©gociations entre les habitants, la chefferie et la sociĂ©tĂ© miniĂšre. Cette reprise avait permis de maintenir les emplois d’une centaine de salariĂ©s, menacĂ©s de licenciement. 

Daniel Marini prend la barre

Pour lui succĂ©der, la SMSP fait appel Ă  un homme d’expertise. Daniel Marini, ingĂ©nieur et docteur en gĂ©ologie, prendra ses fonctions le 15 avril 2026. Avec 43 ans d’expĂ©rience dans le secteur minier Ă  son actif, il est une figure bien connue du Caillou pour avoir occupĂ© les fonctions de « chef de centre, de directeur des mines et de directeur gĂ©nĂ©ral pour la SLN sur une pĂ©riode cumulĂ©e de 20 ans, soit prĂšs de la moitiĂ© de sa carriĂšre », indique la communication de la SMSP. Afin d’assurer une continuitĂ© dans ce dossier brĂ»lant, le futur prĂ©sident « pourra compter sur son prĂ©dĂ©cesseur, qui reste auprĂšs de lui jusqu’à la fin du mois d’avril comme conseiller ». 

Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il reste du travail pour redresser la sociĂ©tĂ©, dont la situation Ă©conomique s’est aggravĂ©e depuis les Ă©meutes et le blocage de ses sites miniers. Aujourd’hui, la production reste insuffisante pour approvisionner la SNNC en CorĂ©e du Sud et atteindre l’équilibre financier. Depuis le 1er septembre 2025, les 644 salariĂ©s de la NMC ont donc Ă©tĂ© placĂ©s aux 35 heures hebdomadaires (contre 39 heures).  Le centre de Kouaoua reste un deuxiĂšme axe de travail. S’il n’est pas fermĂ©, il se trouve dans une situation d’épuisement des chantiers Ă©conomiquement valorisables. À charge pour l’entreprise de parvenir Ă  y relancer une activitĂ© fluide. 

Un nouveau sauvetage temporaire

La sociĂ©tĂ© est menacĂ©e de cessation de paiements depuis plusieurs mois. Ses salariĂ©s ont tirĂ© la sonnette d’alarme Ă  plusieurs reprises. AprĂšs une premiĂšre manifestation le 3 dĂ©cembre Ă  NoumĂ©a, ils s’étaient de nouveau mobilisĂ©s lundi 12 janvier devant les sites de production de Poya et NakĂ©ty pour demander Ă  l’État d’assurer le sauvetage de la NMC. Son actionnaire corĂ©en avait finalement volĂ© Ă  son secours en procĂ©dant Ă  des avances de paiement de cargaisons de minerai, ce qui avait permis de repousser l’échĂ©ance au 20 mars. Finalement, en ce dĂ©but d’annĂ©e, « une troisiĂšme avance sur bateau a Ă©tĂ© octroyĂ©e » à la sociĂ©té d’extraction miniĂšre, ce qui a permis d’éclaircir son horizon de quelques mois. « Cependant la situation est critique », prĂ©vient la SMSP. Cette avance de trĂ©sorerie de la part des partenaires corĂ©ens agit comme un respirateur artificiel, mais ne rĂšgle pas le problĂšme de fond : le besoin d’un financement pĂ©renne. 

Les discussions avec le CIRI

À ce titre, tous les regards se tournent dĂ©sormais vers le ComitĂ© interministĂ©riel de restructuration industrielle (CIRI) Ă  Paris, qui accompagne les entreprises en difficultĂ© afin de favoriser leur redressement. La NMC et la SMSP sont en discussion depuis plusieurs mois avec cette Ă©manation de l’État Ă  Bercy. « Les discussions avec le CIRI ont commencĂ© s’agissant de l’octroi d’un prĂȘt court terme, confirme la SMSP, mais dans l’immĂ©diat aucune dĂ©cision ou engagement n’a Ă©tĂ© pris ». La chef de la mission interministĂ©rielle, Claire Durrieu, a de son cĂŽtĂ© laissĂ© entendre mercredi dernier que des nouvelles « positives » se profileraient pour la NMC. L’audit menĂ© auprĂšs de la sociĂ©tĂ© serait plutĂŽt « rassurant », selon ses dires. Il avait pour objectif de dĂ©terminer si les difficultĂ©s de la NMC Ă©taient conjoncturelles, « consĂ©quences d’un trou d’air passager », ou d’un problĂšme structurel. Les conclusions de cet audit devraient ĂȘtre livrĂ©es prochainement.  

En attendant, dans cette période de fortes incertitudes, le groupe SMSP garde le cap et tente de rassurer les salariés de la NMC et ses sous-traitants: « Nous ne perdons pas espoir et nous dédions tous nos efforts à la survie de la NMC. » 


RepĂšre

La NMC, sociĂ©tĂ© d’extraction miniĂšre dĂ©tenue Ă  51 % par la SMSP, compte quatre centres miniers sur le territoire (Ouaco, Poya, Nakety et Kouaoua) et approvisionne en minerai l’usine mĂ©tallurgique offshore de Gwangyang en CorĂ©e du Sud, elle aussi dĂ©tenue Ă  51 % par la SMSP. 


Usine du Nord : les discussions se poursuivent

DĂ©jĂ  client de la NMC, le groupe chinois Lygend Resources & Technology a confirmé son intĂ©rĂȘt pour la reprise de l’usine du Nord. À la fin du mois dernier, il a d’ailleurs formalisĂ© une offre de rachat, en cours d’étude par la SMSP.  Des discussions sont « toujours en cours », selon la holding calĂ©donienne. BasĂ©e Ă  Ningbo (Chine) et dotĂ©e de 13 700 employĂ©s, Lygend Resources maĂźtrise l’ensemble de la chaĂźne de valeur du nickel, depuis l’extraction miniĂšre et le nĂ©goce de minerai de nickel latĂ©ritique jusqu’Ă  la production de ferronickel pour l’acier inoxydable et de composĂ©s nickel-cobalt destinĂ©s aux batteries des vĂ©hicules Ă©lectriques. PortĂ© par l’essor de la transition Ă©nergĂ©tique, le groupe affiche une croissance fulgurante, son chiffre d’affaires ayant Ă©tĂ© multipliĂ© par 4 entre 2020 et 2024 pour atteindre 482 milliards de francs. Bien que son ancrage principal reste la Chine continentale, Lygend rayonne internationalement, notamment via ses infrastructures stratĂ©giques en IndonĂ©sie, oĂč le groupe est l’une des premières entreprises de l’Empire du milieu à avoir lancé simultanément des projets de pyrométallurgie et d’hydrométallurgie. CotĂ©e en bourse, la sociĂ©té est valorisĂ©e à 3,76 milliards USD (448 milliards de francs).


Béryl Ziegler 

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