Le lancement de la nouvelle année des classes de défense s’est tenu à la base navale de Nouméa. Entre projets pédagogiques, transmission de valeurs et mémoire du Bataillon du Pacifique, le dispostif confirme son ancrage et s’impose comme un outil structurant du lien entre jeunesse et armées.
Dans l’amphithéâtre de La Glorieuse, enseignants, militaires et représentants institutionnels étaient réunis pour donner le coup d’envoi d’une nouvelle année des classes de défense. Un rendez-vous désormais bien installé dans le paysage éducatif local. Aujourd’hui, 38 classes sont déployées en Nouvelle-Calédonie et 3 à Wallis-et-Futuna. Un maillage conséquent à l’échelle du territoire, fondé sur un principe simple : associer une classe à une unité militaire marraine. Tout au long de l’année, les élèves participent à des projets variés : visites d’unités, cérémonies, rencontres avec des militaires ou encore activités sportives et mémorielles. Des expériences concrètes, loin du cadre scolaire classique. « Les classes de défense, très concrètement, c’est renforcer le lien entre les armées et la jeunesse », souligne le général Gabriel Soubrier, commandant des FANC.
Le trinôme académique, pilier du dispositif
Le trinôme académique, qui associe l’Éducation nationale, les forces armées et l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), structure le dispositif, même si son pilotage est assuré localement par les acteurs du territoire. Ce cadre permet de coordonner les projets et d’assurer leur cohérence sur le territoire. Les élèves sont ainsi suivis tout au long de l’année dans des projets construits en lien direct avec les forces armées. Le commandant de la base navale, le commandant de vaisseau Julien Fort, insiste sur cette organisation : l’objectif n’est pas d’augmenter le nombre de classes à tout prix, mais de maintenir la qualité des échanges. Une spécificité rend ce modèle particulièrement efficace en Nouvelle-Calédonie : la proximité entre les unités militaires et les établissements scolaires. Les échanges sont réguliers, concrets et incarnés. Pour le vice-recteur Didier Vin-Datiche, les classes de défense sont avant tout un projet éducatif. Elles permettent de travailler autrement, en croisant les disciplines et en donnant du sens aux apprentissages. Histoire, géographie, citoyenneté, mais aussi travail en groupe ou expression orale : les compétences mobilisées sont nombreuses. « Elles permettent d’apporter aux élèves des connaissances qui ne figurent pas toujours dans les programmes classiques », souligne-t-il. Au-delà des contenus, c’est aussi une autre manière d’apprendre : par la rencontre, l’échange et l’expérience.
Le Bataillon du Pacifique au cœur de l’année 2026
Cette année, les classes de défense travaillent autour d’un thème central : le retour du Bataillon du Pacifique. Le 21 mai 1946, après cinq années de guerre, les volontaires du Pacifique rentrent à Nouméa, accueillis en héros par la population. Un moment fort de l’histoire calédonienne. « C’est un moment de grande communion », rappelle le général Gabriel Soubrier. Au-delà de l’événement, c’est toute une mémoire qui est mobilisée. Celle de jeunes hommes partis combattre loin de leur territoire, parfois sans savoir ce qui les attendait, et revenus profondément marqués par la guerre. Pour les armées, l’enjeu est clair : transmettre cette histoire aux jeunes générations et leur faire comprendre ce que signifie l’engagement. Les projets menés dans les classes pourront prendre des formes variées : témoignages, productions artistiques, recherches historiques ou réalisations concrètes. Cette volonté de transmission se traduira aussi par des gestes concrets. Une plaque commémorative des Forces armées en Nouvelle-Calédonie (FANC), dédiée aux volontaires du Pacifique, doit être inaugurée le 21 mai. Elle sera apposée sur le quai des Volontaires, là où les combattants avaient débarqué en 1946, aujourd’hui situé à proximité du quai des ferries. Ce rendez-vous marquera un temps fort de l’année mémorielle, en écho aux 80 ans de leur retour à Nouméa. Au-delà du symbole, l’objectif est de faire de cette mémoire un moment de rassemblement, à la fois intergénérationnel et intercommunautaire, autour d’une histoire partagée. Dans un contexte international jugé plus instable, les classes de défense prennent une dimension particulière. « Le monde se durcit, le contexte géopolitique est sous tension », rappelle le général Soubrier. Au-delà de la découverte des armées, il s’agit de transmettre des valeurs : sens des responsabilités, engagement, esprit collectif. les élèves découvrent concrètement ce que les militaires appellent la « fraternité d’armes ». Le lieutenant-colonel Franco a présenté les dispositifs jeunesse, de la JDC nouvelle génération au futur service national, pour mieux structurer le parcours citoyen des jeunes.
Delphine Escanes
Un nouveau service national en préparation
Un nouveau dispositif d’engagement volontaire pour les jeunes doit être déployé progressivement dans les années à venir. Il reposera sur un parcours de dix mois, réparti en un mois de formation militaire et neuf mois de missions au sein des armées
Ces missions pourront concerner des domaines variés : soutien logistique, préparation opérationnelle, surveillance ou encore expertise technique. Le dispositif sera lancé en métropole dès 2026, avant une arrivée progressive en Nouvelle-Calédonie à partir de 2027. Une montée en puissance est prévue jusqu’à la fin de la décennie, avec un objectif de plusieurs milliers de jeunes engagés. Destiné à développer l’autonomie, la cohésion et l’esprit de défense, ce service national vise à proposer une forme d’engagement concrète, complémentaire des dispositifs déjà existants.
Les classes de défense en chiffres
- 38 classes en Nouvelle-Calédonie
- 3 classes à Wallis-et-Futuna
- 1 unité militaire marraine par classe
- Des projets menés sur toute l’année scolaire
- Un dispositif lancé en 2013




