Elle agresse et menace deux avocates dans leur cabinet à Nouméa

Une femme, en litige avec sa mère à propos d’un héritage, a perdu ses nerfs et s’en est pris aux conseils de celle-ci au beau milieu du cabinet. La justice l’a condamné.

Un évènement heureusement rarissime mais d’une particulière gravité. La justice n’a pas laissé impunie ce qui constitue une atteinte à la communauté judiciaire : l’agression d’un avocat. Une femme de 38 ans a été condamnée par le tribunal correctionnel de Nouméa, siégeant à juge unique, pour avoir violenté et menacé deux avocates du barreau de Nouméa dans leur cabinet. Le 21 février 2022, la trentenaire (qui était absente à son procès) fait irruption dans les locaux professionnels des conseils de sa mère avec qui les relations sont exécrables sur fond de litige à propos de l’héritage du père décédé. Particulièrement remontée, presque hystérique, elle demande à rencontrer les avocates de sa mère qui finissent par la saluer et lui demander gentiment, à plusieurs reprises, de quitter l’accueil.

La présidente Hélène Gaillet raconte que c’est à ce moment-là que la prévenue lève le bras et arme son poing, faisant mine de porter un coup à l’une d’elles. Sa consœur ne lui laisse pas le temps et s’interpose. Elle n’a pas le temps de réagir que la trentenaire lui saisit le doigt et lui tord violemment dans un flot d’invectives. Les cris ont ensuite alerté un autre avocat qui « a tapé du poing sur la table et a réussi à faire sortir Madame » du cabinet, relate la magistrate, rappelant qu’elle est à l’origine de menaces sur les réseaux sociaux. Physiquement, rien de grave, mais le traumatisme est bien réel. « Les victimes étaient inquiètes d’être attendues et agressées à la sortie du cabinet », poursuit Hélène Gaillet.

« Un délire de persécution »

Entendue dans le cadre de l’enquête par les policiers et en confrontation avec les avocates, la prévenue a « expliqué ne plus bien se souvenir des faits » avant de catégoriquement nier les violences et enfin, d’accuser les avocates « de mentir » car « leurs déclarations ne coïncident pas » et de leur reprocher « des erreurs déontologiques ».

A écouter l’avocat Me Thomas Gruet, représentant l’une des deux victimes, la prévenue « représente un certain danger ». Son « comportement agressif » et « sa mauvaise foi pendant la procédure » ont été mises en avant par le conseil qui a déclaré que « ce n’est pas la première fois qu’elle fait parler d’elle. Elle a fouillé les poubelles du cabinet. Il y a eu de nombreuses mains courantes pour des menaces ou des intimidations à l’encontre d’un voisin, d’un agent immobilier, d’un expert, d’un ex-concubin ou encore d’un postier. Elle est dans la même dynamique malgré les décisions de justice ». Un franc symbolique au titre du préjudice moral est réclamé par la partie civile.

Condamnée pour abus de confiance en 2022 et à dix mois de prison avec sursis pour avoir frappé avec le manche d’un râteau sa mère au visage en novembre dernier (elle a fait appel), la trentenaire « nourrit un délire de persécution. C’est une personne procédurière, elle n’est pas commode, elle a un comportement outrageant et menaçant », souligne le procureur Hervé Ansquer.

La présidente Hélène Gaillet la condamne à la peine de 100 jours-amendes à 1000 francs (représentant 100 000 francs) et à l’interdiction de paraître au cabinet des avocates pour les deux prochaines années.

Jean-Alexis Gallien-Lamarche

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