En deux ans, les coupures se sont multipliées. Lors de sa conférence de presse de rentrée, Enercal a dressé le bilan de ces incidents, tout en affirmant avoir engagé les mesures nécessaires pour y mettre fin.
La qualité de fourniture de l’électricité, longtemps considérée comme fiable en Calédonie, a été mise à rude épreuve ce deux dernières années. Le gestionnaire du système électrique en convient. Lors d’une conférence de rentrée hier au siège, le directeur général d’Enercal, Jean-Gabriel Faget, a reconnu une situation « très insatisfaisante », tout en assurant que ces événements sont « d’origine majoritairement conjoncturelle ».
Deux fois plus d’incidents majeurs en deux ans
« Il y a effectivement (…) deux fois plus d’événements sur les deux dernières années que par le passé », a confirmé Jean-Gabriel Faget, en évoquant « une recrudescence d’incidents majeurs qui ont affecté tout ou partie de la Nouvelle-Calédonie ». Deux black-out complets – soit plus d’électricité nulle part – ont notamment frappé le territoire.  Les causes sont multiples : « Il peut y avoir beaucoup de faits générateurs, atmosphériques, incidents techniques. » La plupart du temps, les protections du réseau limitent les effets. Mais pas toujours.

En janvier 2024, deux épisodes mémorables (pastilles jaunes sur le graphique) – par leur durée et leur étendue en pleine saison chaude – ont été provoqués par « de gros déséquilibres électriques » sur les fours de Doniambo, a rappelé le directeur. Quatre autres événements sont intervenus dans une « configuration dégradée du réseau » (pastilles vertes) après des actes de vandalisme commis sur une ligne haute tension stratégique reliant Prony à l’agglomération. Cette situation exceptionnelle a duré près d’un an et demi. « On y a mis un terme en décembre de l’année dernière avec un retour à une situation de réseau tout à fait normale et donc à un fonctionnement de nos systèmes qui devrait éviter que ça se reproduise ».
Plus récemment,  il y a eu des coupures d’électricité, de moins grand impact, mais qui ont néanmoins marqué les esprits (pastilles rouges sur le graphique). Elles étaient dues à des « défauts de genèse » sur le poste source de Ducos entièrement rénové. Autrement dit, Enercal a « essuyé quelques plâtres » sur cet investissement réalisé pour fiabiliser le réseau, alors que la société était convaincue d’avoir fait le bon choix technologique. « C’est le paradoxe de la situation. Et cela a été difficile à vivre », confie le directeur général, en précisant toutefois que « ces problèmes ont été résolus pour tout ou partie », ce qui devrait permettre de retrouver une situation « normale ».
Quand les reports d’investissement ont des conséquences
Le système électrique est déficitaire depuis plusieurs années, Enercal peine donc à joindre les deux bouts et à renouveler ses ouvrages. Certaines coupures sont-elles liées à un défaut d’entretien du réseau ? Enercal l’assure, l’incident survenu le 21 décembre 2025 (pastille violette) est imputable aux investissements différés faute de capacité financière. Une avarie liée à « l’âge du matériel » a ainsi touché le poste stratégique de Doniambo qui devait être remplacé«  il y a 3 ou 4 ans ». Un report décidé « en connaissance de cause, en estimant que le risque était faible ». L’équipement a finalement cédé sur un « nÅ“ud » du réseau, provoquant un arrêt généralisé.Â
Jean-Gabriel Faget tient toutefois à clarifier un point essentiel : « À aucun moment, on n’a coupé l’électricité aux clients parce qu’on en manquait. » Les incidents des dernières années ne sont donc pas liés à un défaut de production, selon Enercal, mais bien à des fragilités ponctuelles sur les infrastructures de transport et de distribution. « Les équipes du transport sont présentes H24. Elles réagissent dans des délais qui sont particulièrement courts, étant donné les contraintes. Donc il n’y a pas de soucis d’organisation ou de moyens sur la gestion du réseau ».Â
Toutefois, pour le directeur d’Enercal, la priorité est claire : « S’il est impossible de promettre qu’il n’y aura plus de coupures (…), en revanche il faut absolument faire en sorte que cette situation cesse et qu’on revienne à ce qu’on a connu en termes de qualité de fourniture, qui est exceptionnellement bonne en moyenne pour une île. » L’objectif affiché est donc un retour rapide à la normale, après deux années qualifiées de période de recrudescence « d’inhabituels événements ».
Un audit pour clarifier la situation
Face aux inquiétudes sur la gestion du système électrique, le gouvernement a demandé un audit indépendant sur Enercal. L’objectif est d’examiner en détail les comptes et la performance de l’entreprise, notamment après la période de coupures et les reports d’investissements. Jean-Gabriel Faget, directeur d’Enercal, a souligné que l’entreprise est « totalement transparente » et ouverte à cette vérification, qui devrait permettre de dissiper rumeurs et interrogations sur la gestion des fonds publics et la continuité du service.
Légende : Jean-Gabriel Faget, directeur général d’Enercal.
Béryl ZieglerÂ




