Avant son procès, l’homme qui a abattu un jeune conducteur à Thio recouvre la liberté

En détention provisoire depuis huit mois, un homme de 41 ans, mis en examen pour le meurtre d’un jeune de 22 ans qui faisait des dérapages devant chez lui en juillet 2023, a été remis en liberté par la chambre de l’instruction.

Il va trouver refuge dans un lieu tenu secret, à l’abri des pressions voire des violences. D’après nos informations, un homme de 41 ans vient d’être libéré du Camp-Est, où il était incarcéré en détention provisoire depuis huit mois, par la chambre de l’instruction qui avait été saisie d’une demande de mise en liberté.

Ce salarié de la SLN depuis 17 ans est au cœur d’un dossier d’une particulière sensibilité : le 1er juillet, vers 2 heures du matin, il était sorti de son domicile situé dans le village de Thio, d’où il est originaire, armé d’un fusil à pompe de calibre 12 chargé de cinq cartouches de chevrotine huit grains. Furieux d’avoir été réveillé par le vacarme créé par le conducteur d’une Mercédès qui s’amusait à faire des dérapages à l’intersection du pont, il avait actionné la détente de son arme à cinq reprises et ce, à une trentaine de mètres du véhicule.

A l’isolement

Au volant, le jeune homme de 22 ans, qui revenait de la fête de la Mandarine à Canala, est mortellement atteint à la tête. A l’autopsie, « deux orifices d’entrée dans le crâne » ont été révélés, détaille le président de la chambre de l’instruction Philippe Dorcet. Le conducteur s’affaisse, le pied coincé sur l’accélérateur, et le véhicule vient s’écraser contre une barrière. La victime décédera quelques heures plus tard.

« Vous avez indiqué que vous avez visé vers le sol et que vous ne pensiez pas avoir touché le conducteur. Vous étiez exaspéré de ces scènes de rodéos qui se passaient presque chaque nuit », détaille le président. Lynché devant chez lui juste après le décès du jeune homme, ce qui lui avait valu une hospitalisation au Médipôle, le quadragénaire avait été mis en examen par un juge d’instruction du chef de meurtre et placé en détention provisoire.

Il y a un peu moins d’un mois, le juge des libertés et de la détention avait refusé sa demande de mise en liberté et c’est pourquoi le dossier est venu sur le bureau de la chambre de l’instruction. « Cela fait huit mois qu’il est à l’isolement » pour éviter qu’il ne soit au contact d’autres détenus qui voudraient se venger, plaide son avocat Me Martin Calmet. « C’est en détention qu’il est en insécurité, pas à l’extérieur. Il a un logement en dehors de Thio et souhaite se présenter devant la cour d’assises en respectant sa présomption d’innocence et en étant libre », poursuit le conseil.

« Le risque de représailles est latent »

Cette libération, l’avocat général s’y est vivement opposé car elle « exposerait Monsieur à de nouvelles violences. Le risque de représailles est latent, encore aujourd’hui ». Le magistrat Philippe Faisandier souligne que cette détention « permet d’avoir des garanties sur le non-renouvellement des faits ». « On peut comprendre son agacement et son exaspération face à ses rodéos. Mais on ne peut pas accepter qu’il tire à cinq reprises, c’est une réaction inadaptée aux circonstances qui montre bien que le cocktail alcool-colère a été décisif ».

Toujours présumé innocent, le quadragénaire risque trente ans de réclusion criminelle s’il est reconnu coupable de meurtre par la cour d’assises. A moins qu’il ne soit renvoyé par le juge d’instruction pour des coups mortels – violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner -, lui faisant encourir la peine de vingt ans d’emprisonnement. Ce sera la prochaine étape décisive de ce dossier.

En attendant son procès, la chambre de l’instruction a décidé de libérer le tireur présumé et de le placer sous contrôle judiciaire avec l’interdiction de retourner à Thio.

Jean-Alexis Gallien-Lamarche

Fil d'actualité

Eric Michalak, l’homme du sport universitaire

Éric Michalak, qui était le directeur du Service universitaire...

Au-delà de la plainte, reconstruire des vies

Déposer plainte n'est souvent que la première étape d'un...

Un potentiel d’hydrogène dans nos sous-sols ?

L'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques a...

Coupe du monde 2026 : l’Espagne, le bourreau des Bleus

Pour la troisième fois de suite, la France a...

Newsletter

Inscrivez vous pour recevoir chaque semaine notre newsletter dans votre boîte de réception.

Comment une fraternité, présente en Calédonie, se retrouve au cœur d’un conflit avec le Vatican

Le Vatican a déclaré excommuniés six évêques de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X après la consécration de nouveaux prélats sans l’autorisation du pape....

Eric Michalak, l’homme du sport universitaire

Éric Michalak, qui était le directeur du Service universitaire des activités physiques et sportives (SUAPS), était une figure de l’UNC mais aussi du sport...

Au-delà de la plainte, reconstruire des vies

Déposer plainte n'est souvent que la première étape d'un long parcours. Au commissariat Paul Doumer, la Délégation territoriale d'aide aux victimes (DTAV) réunit un...