Alors revoilĂ les royaumes ! RĂ©unis en la baronnie de Saint-Louis, un quarteron de suzerains kanak vient de proclamer le primat de la monarchie de droit divin coutumière sur toute autre institution, et par voie de consĂ©quence celui aussi du peuple kanak sur toute autre communautĂ©. Ă€ en croire le vieux chef madrĂ© qu’est Roch Wamytan, placĂ© Ă la tĂŞte de ce pronunciamiento coutumier, il s’agit « d’affirmer ou de rendre concrète ou opĂ©rationnelle la souverainetĂ© des chefferies », et de vouloir instaurer, entre autres, « une carte d’identitĂ© » rĂ©servĂ©e aux Kanak, Ă©tendue « Ă©ventuellement » aux autres. Ça n’est pas du folklore, n’allons surtout pas juger l’initiative comme telle, au contraire ! Aussi je proclame ici la RĂ©publique, la dĂ©mocratie, notre sociĂ©tĂ© et nos valeurs, en danger. Il y a dans ces gesticulations coutumières, comme il y a eu dans l’insurrection de la CCAT, les germes d’une dictature ethnique, Ă©conomique, sociale et politique, que d’aucuns voudraient voir croĂ®tre et prospĂ©rer, dont il faut se mĂ©fier et qu’il faut combattre aussi fermement que nos anciens ont combattu le nazisme. On est lĂ bien au-delĂ de la revendication d’indĂ©pendance ou de l’espoir d’instaurer Kanaky. C’est bien plus redoutable, en ce qu’il y a derrière tout ça une vraie volontĂ©, une ambition et un projet de plus en plus affirmĂ© d’une mainmise sur les reins et les cĹ“urs, et faire en sorte qu’au travers d’Inaat Ne Kanaky, « l’âme du pays » en drehu, ne soit reconnu, admis et tolĂ©rĂ©, que ce qui est coutumier et donc kanak.
Lucien Lacombe

