Diagnostiquée à 32 ans, alors que ses enfants n’avaient que 4 et 8 ans, Lucie Leclercq a traversé un cancer du sein puis une récidive deux ans plus tard. Aujourd’hui âgée de 41 ans et en rémission, elle raconte ce parcours de sept ans marqué par la maladie, le deuil et la reconstruction. Elle livre un message clair aux jeunes femmes : ne jamais attendre.
À 32 ans, Lucie Leclercq ne se sentait « pas du tout concernée » par le cancer du sein. Aucun antécédent familial, une vie de jeune maman active. C’est pourtant à cet âge que le diagnostic est tombé, la veille même de l’opération censée n’être qu’une simple ablation d’un kyste bénin.
Tout commence par une boule douloureuse dans le sein, surveillée pendant plusieurs mois. Lucie demande finalement à ce qu’on la retire, simplement parce qu’elle la gêne. Mais quinze jours avant l’intervention, sa mère lui annonce à son tour un cancer du sein. En se palpant, Lucie découvre alors un autre kyste sous le bras. Une biopsie est réalisée en urgence. La veille de l’opération, le verdict tombe : ce ne sera plus un simple retrait, mais une intervention bien plus large.
« Tu passes en mode survie »
« Ma première pensée a été une très grande inquiétude pour mes enfants, qui étaient encore si jeunes », se souvient-elle. Entre le premier signe et la confirmation du diagnostic, cinq mois se sont écoulés. Puis tout s’enchaîne très vite : opérations, rendez-vous médicaux, chimiothérapies. « Tu passes en mode survie, tu encaisses les coups sans trop comprendre ce qui se passe. Ce n’est pas tout de suite que c’est le plus dur moralement, c’est après. » Tumorectomie, poses et déposes de PAC, curage axillaire lors d’une récidive survenue deux ans plus tard, puis opérations de reconstruction : Lucie a bénéficié de l’ensemble de ses traitements sur le territoire, y compris ses 32 séances de radiothérapie, désormais accessibles quotidiennement en Nouvelle-Calédonie. Seule exception : un Evasan en Australie au moment de la récidive, pour réaliser un PET-scan et écarter tout risque de métastases ailleurs dans le corps. Cette période fut particulièrement éprouvante : sa mère, dont le cancer avait été diagnostiqué au même moment que le sien, venait de décéder deux mois plus tôt de la même maladie. « L’annonce de la récidive fut donc très, très dure. »
Le corps, le couple, les enfants
Au-delà du soin, c’est toute une existence qui bascule. Professionnellement, à son compte, Lucie doit continuer à faire tourner son entreprise malgré la maladie, avec des indemnités jugées trop faibles. Physiquement, la perte des cheveux, la fatigue intense des chimiothérapies et un nouveau rapport au corps sont autant d’épreuves. « Ce n’est pas facile au début d’accepter ce nouveau reflet dans le miroir. » En couple depuis quelques mois au moment du diagnostic, Lucie et son compagnon traversent l’épreuve ensemble, ce qui les aura, dit-elle, « encore plus unis ». Du côté des enfants, la situation est plus délicate : la voir diminuée après les chimiothérapies, tout en devant les rassurer après le décès de leur grand-mère de la même maladie. « Comment dire à ton enfant “ça va aller”, alors que sa mamie vient de partir de cette maladie ? »
Pendant son parcours, Lucie a été accompagnée par sa kinésithérapeute, très investie dans la lutte contre le cancer du sein. Ensemble, elles ont créé un groupe de parole, Le Caillou Rose, réunissant des femmes de tous âges et de tous parcours, pour partager conseils pratiques et ressentis entre patientes.
Il aura fallu sept ans à Lucie pour entendre ces mots dans la bouche d’un médecin. La rémission n’est habituellement reconnue qu’au bout de cinq ans, mais sa récidive, survenue deux ans après le diagnostic initial, a fait repartir ce compte à zéro, repoussant l’échéance à sept ans au total. Aujourd’hui, elle vit encore avec les séquelles : douleurs, kinésithérapie régulière, examens de contrôle fréquents qui la ramènent à cette période. « Il faut avancer et ne pas garder cette épée au-dessus de la tête. Aujourd’hui, je profite de chaque jour et je laisse le passé derrière, au mieux. »
« Au moindre doute, n’hésitez pas »
Son message aux jeunes femmes est sans détour : « Se faire dépister est très important. Un cancer pris à temps, c’est une épreuve de vie, mais maintenant on en sort de plus en plus vainqueur. Attendre ne vous permettra pas de guérir, mais ça risquera de laisser la maladie se propager. »
Elle pense à sa mère, qui avait trop attendu avant de consulter, malgré la boule qu’elle sentait. Son cancer, découvert trop tard, s’était déjà propagé à d’autres organes. « Je ne serai jamais sûre, mais si elle y était allée dès le début, elle serait certainement encore là pour en parler. Alors au moindre doute, n’hésitez pas : ça peut vous sauver la vie. »
Delphine Escanes

