Construite dans les années 1970, la cité Pierre-Lenquette porte aujourd’hui les stigmates de cinquante ans de sous-investissement, que les émeutes ont aggravés. Ce quartier entrevoit toutefois une avancée. La démolition de trois bâtiments insalubres, longtemps repoussée, se profile. Un premier pas concret, même si la réhabilitation n’est pas au rendez-vous.
Construite dans ce qui devait être l’élan du boom du nickel des années 1970, Pierre-Lenquette devait incarner le développement économique d’une Nouvelle-Calédonie en pleine expansion. Un demi-siècle plus tard, la cité de Montravel sombre dans une décrépitude que les émeutes ont encore accentuée. Ce quartier, géré par la Société immobilière calédonienne (SIC), est aujourd’hui le théâtre d’un quotidien que bon nombre d’habitants ne supportent plus. Irène Maperi, locataire depuis 1986, nous fait faire le tour du quartier. « Aujourd›hui en 2024, sur ce site, nous pouvons « admirer » trois bâtiments non occupés, vides de leurs locataires. Des bâtiments sales, insalubres, délabrés, vétustes, remplis de bêtes nuisibles telles que rats, souris, mille-pattes et autres… y compris les odeurs, ces microbes que nous respirons jours et nuits. » Trois bâtiments toujours debout, alors qu’ils devaient être détruits. Un quartier à l’abandon, où les nuisances s’accumulent. Les logements vacants sont régulièrement « squattés » par des jeunes en déshérence. Selon Irène Maperi, ils sont utilisés comme lieux de « tapage nocturne, de musique à fond, de hurlements même en journée ». « La police a beau organiser des tournées autour de la cité, cela ne suffit pas. On ne voit la différence que quand il y a des interdictions de vente d›alcool. » Même les bâtiments rénovés ne semblent pas offrir le répit escompté : sur les murs de la résidence Aloès, pourtant récente, Irène Maperi note déjà « des usures, des écoulements d›eaux sur les murs ». Elle réclame des états des lieux réguliers et un bailleur « plus présent sur le terrain ».
Les bâtiments B, D et E seront détruits d’ici la fin de l’année
Contactée par la rédaction, la SIC apporte des éléments de réponse : les bâtiments B, D et E de la cité seront démolis. Le bâtiment E est le seul encore partiellement occupé. Sept familles s’y trouvent toujours, leur relogement enclenché en juin 2025 n’étant pas encore finalisé. « On accompagne les familles. Parfois, il y a des problématiques de ressources, de loyer, de changement éventuellement de quartier si on n›a pas d›offre à leur proposer sur place », explique Emmanuelle Pedeutour, cheffe de projet à la SIC. Pendant des années, la logique dominante voulait qu’on investisse pour construire, non pour détruire. « Il a fallu convaincre l’État de changer de cap », explique Benoît Naturel, directeur général de la SIC. Ce qu’il a fini par faire. Une convention de financement des études préalables a été signée. Quant à la subvention pour les travaux, elle sera actée dans un second temps. La démolition devrait intervenir d’ici la fin de l’année. Son financement sera assuré conjointement par la province Sud et l’État via les contrats de développement, et la SIC.
Ce contenu est réservé aux abonnés.
Connectez vous pour y accéder !
Béryl Ziegler

