Corruption et escroquerie : la dirigeante de Be-Bunk dans le tourbillon judiciaire

La fondatrice et dirigeante de la banque en ligne Be-Bunk, Leila Solomita, est accusée par la justice d’avoir joué un rôle clé dans la corruption d’une fonctionnaire de la province Sud entre 2009 et 2013 dans le but de remporter des marchés publics. Les enquêteurs ont mis au jour un système présumé de fausses mises en concurrence, de devis falsifiés et de factures surévaluées, pour un préjudice estimé à plus de 300 millions de francs. Révélations.

C’est une success story calédonienne aux secrets inavouables. Selon des informations exclusives de La Voix du Caillou, Leila Solomita, fondatrice et actuelle dirigeante de la banque en ligne calédonienne Be-Bunk, se retrouve aujourd’hui au cÅ“ur du tourbillon judiciaire à l’issue incertaine. Cette procédure tentaculaire, nourrie de milliers de pièces, de correspondances électroniques et d’analyses comptables, refait aujourd’hui surface après des années dans les méandres de la justice : cette chef d’entreprise et son époux sont soupçonnés d’avoir bénéficié, entre 2009 et 2013, d’un système organisé de favoritisme dans l’attribution de marchés de travaux liés aux internats et collèges de la province Sud, notamment ceux de Bourail et de La Foa. Plus de dix ans après les faits, Leila Solomita et son époux sont appelés vendredi à répondre de ces accusations devant le tribunal correctionnel.

Au commencement de ce dossier explosif, la découverte

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Le mécanisme Dailly au cœur des soupçons d’escroquerie

Mis en examen pour escroquerie, Leila Solomita et son époux sont soupçonnés d’avoir détourné le mécanisme de la loi Dailly, qui permet de céder des factures à une banque en échange d’une ligne de crédit, afin d’obtenir une avance de trésorerie. Selon les conclusions de l’information judiciaire, le montant total des factures cédées à la banque à l’escompte s’élève à 177 millions de francs. Ces factures comportaient des mentions mensongères attribuées à la fonctionnaire de la province, notamment la certification du « service fait ». La ligne de crédit ainsi obtenue grâce à ces cessions de créances frauduleuses avait ainsi permis aux époux Solomita d’acquérir pour 177 millions de francs de matériel en défiscalisation auprès de la société Cipac. « Dès lors, les manÅ“uvres frauduleuses constitutives de l’élément matériel et de l’élément intentionnel de l’escroquerie sont rapportées et ne souffrent d’aucune ambiguïté car mettre en place et répéter la fraude jusqu’à aboutir à de telles avantages et/ou sommes à son profit, constitue une intention solide et déterminée dans la commission de faits délictuels, tout comme la mise en place, d’un plan de remboursement sollicité par la Banque, venant sceller la culpabilité », développe le magistrat instructeur.

Maison à Tuband, propriété à Bourail, Porsche Cayenne… : les avoirs saisis par la justice

Au cours de l’information judiciaire, plusieurs biens ont été saisis : un terrain de six hectares situé à La Néra (Bourail), estimé à 23 millions de francs, sur lequel un projet de lotissement était envisagé ; une maison à Tuband évaluée à 92 millions de francs; deux contrats d’assurance-vie, ainsi que plusieurs véhicules (Ford Kuga, deux BMW M5, une AMG Hummer, une Porsche Cayenne, un buggy Can-Am et un quad Can-Am) pour une somme de 38 millions de francs. « Malgré l’acharnement des époux à reprendre aux services de justice les véhicules achetés, la remise de ceux-ci à l’Agrasc (Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués) devenait définitive », note l’ordonnance de renvoi. La question de la confiscation définitive sera évidemment au cÅ“ur des débats du procès.


Sur la trace de cadeaux… embarrassants

Chacun aurait tiré un bénéfice de ce système. En organisant sciemment une mise en concurrence fictive d’entreprises au profit des époux Solomita, la fonctionnaire de la province Sud a bénéficié de la remise de chèques pour un montant de 3,5 millions de francs, un véhicule Ford Kuga d’une valeur de 3,5 millions de francs, plusieurs sommes d’argent, divers cadeaux tels que des meubles, des vêtements ou encore la prise en charge de voyages en Australie, en Nouvelle-Zélande et des séjours à l’îlot Maître et l’île des Pins. L’ensemble de ces avantages est évalué à environ neuf millions de francs, sans compter des travaux de rénovation (carrelage, plomberie, fosse septique, chauffe-eau solaire) dans sa maison.

 

 

 

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