La peur serait donc le moteur des décisions prises ici, à Paris, au Congrès comme sous tous les ors de la République concernant le dossier calédonien. La peur qui conduit le Parlement à ne pas être prêt à voter la loi sur la consultation, la peur qui conduit le gouvernement à ne pas examiner le projet de loi, la peur qui pousse Emmanuel Macron à convoquer tout le monde et la peur enfin qui pousse ici certains à chercher des troisièmes ou des nouvelles voies, des fois que… La peur sape la démocratie à grands coups de masse depuis tellement longtemps sous nos latitudes, puisque le peuple n’est pas entendu. Le peuple qui est juridiquement minoritaire puisqu’aux yeux des peureux, il a politiquement tort. Lorsque la France a peur, elle court au désastre, comme à Munich en 38 ou à Bordeaux en juin 40, mais nul ne semble vouloir tirer des leçons de ces peurs historiques, et surtout pas en ce qui nous concerne, hélas ! La peur à Paris comme à Nouméa avalise le 13 mai et renforce la radicalité puisque c’est ça qui paraît politiquement payer. « La colère est mauvaise conseillère », me disait ma grand-mère, la peur aussi. Être tétanisés comme le sont nos responsables parisiens ne peut les conduire qu’à commettre des erreurs, ce qu’ils semblent faire avec une componction monastique, une insistance dérangeante, une assurance pénible. Et nous, nous en faisons les frais.
Nicolas Vignoles



