Qu’on apprécie ou non, qu’on partage ou non sa vision politique et ses idées, il n’empêche qu’il faut reconnaître à Paul Neaoutyine une stature politique hors du commun. Il faut lui reconnaître d’abord sa longévité électorale, ensuite la permanence de ses convictions : celles d’un homme qui, dans son parcours, n’a jamais rien sacrifié des idéaux de sa jeunesse. Son poids politique est aussi lourd que sa parole est rare. Aussi, dans une référence osée à Michel Audiard*, on peut dire que lorsque Paul Neaoutyine parle, le monde écoute, qu’il soit simple citoyen ou représentant de la Nation en mission. On ne sait pas vraiment ce que Paul Néaoutyine pense de Bougival, et sans doute en émet-il quelques réserves ou préventions. En revanche, on connaît sa colère à propos du 13 mai et des discours de la CCAT, qu’il tient pour folie pure et dangereuse. Ce n’est pas, et ne sera jamais, sa vision du chemin à entreprendre pour obtenir la pleine souveraineté, lui qui ne veut pas d’une indépendance « le ventre vide ». Le président de la province Nord a donc reçu Naïma Moutchou pour un long entretien, au cours duquel, même si rien n’a filtré de la teneur de l’entrevue, il a sans doute donné sa position que l’État ne pourra pas ne pas prendre en compte. C’est l’apanage des Commandeurs à qui l’on érige des statues. Et cette rencontre était assurément importante, ne serait-ce que dans un but de clarification.
Nicolas Vignoles
* « Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent », Michel Audiard. Cent mille dollars au soleil, film d’Henri Verneuil, 1964.




