Rester ou partir ? Le dilemme des expatriés

« Du point de vue d’un ”expat”, on se dit qu’il n’y a pas de retour en arrière possible… » Après les évènements des deux dernières semaines, ils sont nombreux à se demander quelle est leur légitimité à rester sur le territoire.

« À VENDRE Nissan Juke. DISPO IMMÉDIATEMENT. » « [ URGENT – VOITURE À VENDRE CAUSE DÉPART ] Disponible de suite. » Il suffit de défiler la page Facebook Nouméa Expat pour s’en rendre compte : si les émeutes des derniers jours ont bien réussi quelque chose, c’est à donner envie de partir à de nombreux expatriés en Nouvelle-Calédonie. « On se rend compte qu’avec ce qui est arrivé, tous nos projets vont être compromis », témoigne Ausenda, installée ici depuis sept ans. Avec son conjoint, Benjamin, cette expatriée française était en passe d’acheter une maison. « On venait de signer un compromis et on s’est retirés le 14 mai après la première nuit d’émeute, sachant que normalement on avait dix jours pour le faire et qu’il s’arrêtait le 13 mai », explique-t-elle. « On avait vraiment fait le premier pas pour s’installer définitivement, mais on est trop déçu, trop triste. On n’imagine pas vivre en conflit interne comme ça. »

Rester OK… mais pour quel avenir ?

Bien sûr, personne ne sera étonné de voir de nombreux expatriés récemment arrivés sur le territoire rentrer. C’est le cas de Sid, débarqué il y a quatre mois à Nouméa, qui a dû quitter son appartement durant les émeutes. Bien qu’il avait pour objectif de s’installer sur le long terme sur le territoire calédonien, il ne se voit plus rester : « Il y a un climat extrêmement anxiogène qui s’est installé ». Lui qui était venu chercher « un cadre de vie » plus serein qu’en Métropole, estime ne pas avoir encore assez d’attaches pour que cela éclipse les incertitudes d’une installation ici. « Pour un ”expat”, quand on voit la situation comme ça on se dit qu’il n’y a pas de retour en arrière », conclut-il.

Mais la situation inquiète aussi des personnes plus installées. Mère d’un enfant, Chantal est arrivée sur le territoire quand elle avait 5 ans, et a construit toute sa vie en Nouvelle-Calédonie. « Je suis extrêmement heureuse ici », précise-t-elle. « Je me faisais la réflexion dernièrement que c’était trop beau pour durer. » Pour cette résidente des quartiers sud, partir aura un goût amer : « je suis obligée de rentrer, parce que mon entreprise était déjà en difficulté depuis le Covid, mais là avec ce qu’il se passe je ne vais même plus avoir de clients ».

« Quelle est ma légitimité de rester dans un environnement où on me dit que je ne suis pas le bienvenu ? »

Les émeutes des derniers jours sont aussi parfois vécues comme un rejet par certains. « C’est difficile de s’imaginer rester ici quand le territoire se déchire autour de questions d’identité aussi fortes », se questionne Sid. « Et pour moi qui vient d’arriver, quelle est ma légitimité de rester dans un environnement où on me dit que je ne suis pas le bienvenu ? » De son côté, Chantal se dit déçue. Elle qui a toujours cru que « la Nouvelle-Calédonie pouvait se construire dans la France », a trop attendu. « Ça fait des années qu’on attend de voir venir », rappelle cette maman. « On a eu toute la période du référendum qui a été longue, où nous, les Calédoniens, avons accepté de jouer le jeu, d’attendre économiquement parlant. » Aujourd’hui, elle espère que « le gouvernement prendra conscience de l’importance d’un interventionnisme en Nouvelle-Calédonie ».

Loris Castaing

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