La Sydney-Hobart, aussi redoutable que redoutée

Cette course au large est souvent marquée par une météo capricieuse et des conditions de mer musclées. Le parcours, toujours le même : un périple de 628 milles (1 163 kilomètres) menant la flotte le long de la côte orientale de l’Australie, dans le détroit de Bass, pour finir à Hobart, sur l’île de Tasmanie. Le départ de la 78e édition a été donné hier en début d’après-midi. Cette année, 113 bateaux participent.

Organisée tous les ans (à l’exception de 2020, en raison de période du Covid-19) depuis 1945, la Sydney-Hobart est une traversée mythique dans le monde de la voile, principalement parce qu’elle est particulièrement difficile. L’expression « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » prend ici tout son sens.

En mer de manière générale, et dans cette zone en particulier, le risque zéro n’existe pas. L’édition de 1998 a été là pour le rappeler de manière tragique. En cette fin d’année-là, une dépression impressionnante se forme en mer de Tasman. Sous l’effet de vagues monstrueuses et de vents terrifiants qui soufflent dans un détroit de Bass déjà réputé pour ses conditions hostiles, les voiliers ballottent sur l’eau comme des fétus de paille. Six hommes périssent, cinq bateaux coulent tandis que 55 marins ont dû être secourus. Si 115 voiliers avaient pris le départ de la course, seuls 44 franchissent la ligne d’arrivée…

Un traumatisme

Il n’y a pas de mémorial pour les victimes, ce qui traduit le traumatisme vécu par le monde de la voile. Le milliardaire américain Larry Ellison, vainqueur de cette dramatique édition avec son monocoque de 24 mètres, Sayonara, avait été tellement marqué par la tragédie qu’il avait promis de ne jamais retenter l’aventure. Ed Psaltis, skipper de l’AFR Midnight Rambler, vainqueur de la course en temps compensé, n’a rien oublié du hurlement du vent et du bruit de mitraillette que faisait l’eau de mer sur la coque.

La technologie au service de la sécurité

Depuis, les conditions de la course ont considérablement changé, ce que les marins sont prompts à saluer. A l’époque, ils ne pouvaient pas compter sur le GPS. Les bateaux signalaient leur position deux fois par jour par radio. Les communications étaient entravées par les tempêtes, ce qui rendait plus problématique la localisation des marins en détresse.

Le traçage des voiliers a été mis en place en 1999 et désormais chacun peut suivre l’évolution des bateaux sur internet. De nouvelles règles de sécurité se sont imposées, avec des conditions d’expérience, de formation et d’équipements. Grâce aux informations plus précises sur les conditions météorologiques et les courants, les marins sont mieux préparés. Ainsi, les tempêtes lors des éditions 2010 et en 2015 n’ont pas débouché sur un résultat aussi dramatique qu’en 1998.

Il n’empêche que sur cette épreuve, atteindre l’arrivée est une victoire tant les abandons sont nombreux : 18 % en moyenne, soit près d’un bateau sur cinq ! Lors de l’édition 1984, c’est 70 % de la flotte qui n’a pas pu aller au bout…

Anthony Fillet

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