Coups de sabre à Houaïlou : cinq ans de prison

Le 17 août, à la tribu de Coula, un homme de 47 ans a blessé une femme, lui entaillant notamment le haut du bras droit. Il a été jugé hier matin au tribunal à Nouméa.

Un jeudi, sur la côte Est. Un homme travaille au champ, sabre d’abattis à la main. Un autre habitant de la tribu vient le trouver et lui raconte son problème : sa sœur accueille son nouveau compagnon au domicile familial. La mère est d’accord, mais lui ne l’est pas. Il n’aime pas cet individu. Le frère propose à l’homme de quitter son champ pour qu’ensemble, ils aillent faire fuir l’intrus. Il accepte.

Arrivés sur place, le compagnon n’est plus là – il n’est en fait pas si loin et sera témoin de la scène de violence – mais la femme, oui. Il lui est demandé des comptes sur cette relation. Elle répond que cela ne regarde qu’elle, et réclame qu’on la laisse tranquille. Le ton a à peine le temps de monter que l’homme, sous les encouragements du frère de la victime, donne plusieurs coups de sabre, avec le côté tranchant : cela donnera notamment une plaie derrière l’oreille gauche, une autre au-dessus de l’œil droit et une de 25 centimètres en dessous de l’épaule droite. Il faudra l’intervention de la mère de la victime pour que les violences s’arrêtent. Les pompiers et les gendarmes sont appelés : l’homme est interpellé chez lui, non loin de là, et la femme est envoyée au dispensaire puis au Médipôle, où elle passe par le bloc opératoire.

« Pour la blesser, pas pour la tuer »

Pourquoi avoir agi ainsi ? « Le petit frère m’a dit d’aller voir », puis « j’étais trop énervé », retrace le prévenu. « Quand je suis monté, j’ai trouvé la cousine », et face aux remontrances, celle-ci « elle a répondu », d’où les coups. Et « c’était nécessaire de mettre un coup de pied » dans sa nuque « alors qu’elle était au sol », lui demande la présidente de l’audience, Hélène Gaillet. « Je n’ai pas réfléchi à ça », répond le prévenu. Tout cela, « c’était pour la blesser, pas pour la tuer »,  dit-il. Avec ces « violences d’une particulière gravité, on est passé à deux doigts du drame », note l’avocate de la partie civile, Ophélie Despujols. « Il lui aurait coupé le bras, ça lui aurait posé aucun problème », tacle-t-elle face à une attitude dénuée de regrets.

Reste une double interrogation, posée par la présidente : « est-ce que c’est au frère de décider qui elle peut voir ou non », et pourquoi s’être mêlé d’un problème « qui ne vous regarde pas » ? « Je ne sais pas », a-t-il répondu à la première question. Quant à la seconde, importante dans cette affaire, ce serait car « une semaine plus tôt, elle m’a dit » que ce nouveau compagnon – présent hier à l’audience et qui a eu du mal à garder son calme – « allait me bombarder la gueule ». Pourquoi ? Le tribunal n’en a pas appris plus hier.

« La victime a eu de la chance »

« Un tableau de mésentente familiale dans ce clan », où « un frère fait intervenir un tiers » pour chasser de la vie de sa sœur un individu qu’il estime « peu fréquentable », résume Richard Dutot. Plusieurs coups de sabre donnés, dont un sur le haut du bras, « vraiment impressionnant ». Pour le représentant du ministère public, « l’individu visait la tête » et la victime « s’est protégée », d’où cette « entaille profonde » à cet endroit-là. « Si elle ne s’était pas protégée, il l’aurait tuée net. Au final, on peut dire que dans son grand malheur la victime a eu de la chance », malgré « une très vilaine balafre » et « des séquelles pendant plusieurs semaines, mois, voire années ».

Du prévenu, qui n’était « pas sous l’emprise de l’alcool ou du cannabis » au moment des faits, dont « le mobile c’est la colère, une colère froide », Richard Dutot évoque un homme qui n’est « pas un violent modéré », déjà « condamné six fois, dont cinq fois à de la prison ferme », notamment pour une affaire dans laquelle il avait tiré « à la carabine » sur un neveu. Pas marié, sans enfant, il réside chez sa mère, à la tribu, vit du champ, de la chasse et de la pêche, vend parfois quelques produits. La question, « maintenant, c’est de savoir ce qu’on va en faire », poursuit le procureur, réclamant cinq ans de prison, dont quatre ans ferme. Son avocat, Martin Calmet, reconnaît « un problème de violence profondément ancré en lui », mais émet « des gros doutes » sur le fait de se « dire que la prison va lui permettre d’aller mieux ». Il aurait plutôt « besoin d’un accompagnement ».

Après délibération, le tribunal a condamné l’homme à cinq ans de prison ferme avec, entre autres, l’interdiction, à sa sortie, de contacter la victime pendant trois ans.

Anthony Fillet

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