Le FLNKS a dénoncé la « manœuvre du gouvernement » alors que le projet de loi visant à reporter les élections provinciales a été directement envoyé en Commission mixte paritaire.
Il fallait s’y attendre, le FLNKS, via un communiqué publié hier après-midi, a dénoncé une « énième manœuvre du gouvernement français » concernant le projet de loi visant à reporter les élections provinciales à juin 2026 alors que celui-ci a été directement envoyé en Commission mixte paritaire après l’adoption d’une motion de rejet préalable à l’Assemblée nationale. « Il s’agit là de la même méthode qu’un 49.3, un déni de démocratie qui prive l’Assemblée nationale de son rôle. Le but de cette manœuvre est clair : contourner la représentation parlementaire pour imposer coûte que coûte le projet de Bougival et accélérer son calendrier de mise en œuvre contre la volonté du peuple kanak », écrit ainsi Dominique Fochi, en charge de l’animation du bureau politique du Front. Et comme il est de coutume actuellement, le responsable indépendantiste laisse entrevoir une potentielle menace. « La Kanaky–Nouvelle-Calédonie n’est pas une pièce sur l’échiquier politique français. Elle est un pays en lutte pour sa dignité et sa souveraineté. En refusant d’écouter la voix du FLNKS, l’État prend le risque d’aggraver une crise qu’il prétend pourtant vouloir résoudre », affirme-t-il ainsi. Et d’avancer quelques lignes plus loin : « Reporter de six mois, c’est prolonger d’autant l’incertitude, la méfiance et la paralysie politique. C’est enfoncer le pays dans une situation de blocage, avec le risque que les tensions sociales et politiques s’enflamment de nouveau comme en 2024. »
« Un consensus consanguin »
Et, alors que Naïma Moutchou, la nouvelle ministre des Outre-mer, a rappelé qu’elle ne comptait pas faire « sans le FLNKS », le Front, de son côté, pointe certaines « contradictions » au sein du gouvernement alors que l’accord de Bougival – et donc le report des élections provinciales – est ouvertement rejeté par cette mouvance indépendantiste. Or, le Front l’affirme, « régler la question politique de la Nouvelle-Calédonie sans le FLNKS est intellectuellement et moralement incompréhensible ». L’accord de Bougival ne serait même qu’un « consensus de l’entre-soi, un consensus consanguin » entre l’État français et les politiques non-indépendantistes. « Et chacun sait que la consanguinité n’est jamais viable : elle conduit inévitablement à la dégénérescence », écrit encore Dominique Fochi.
C’est pourquoi, dans ce contexte, le FLNKS l’assure : « Nous ne reviendrons pas à la table des discussions concernant le projet d’accord de Bougival. Persister dans cette voie, c’est condamner la Nouvelle-Calédonie à l’instabilité et au conflit ; y renoncer, c’est rouvrir la voie du dialogue, du respect et de la paix civile. »
Claire Gaveau



